Les maillots de la légende rossonera (2/5)

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Depuis près de 120 ans, l’AC Milan rayonne en Italie et dans le monde. Malgré les sombres années connues récemment, la renommée du club lombard ne s’est jamais estompée. Cette renommée a été acquise au travers d’une identité marquée de triomphes et de succès, magnifiée par quelques-uns des plus grands joueurs de l’histoire du football.

Le point commun à ces décennies d’existence ? Un maillot aux rayures rossonere qui a laissé une trace indélébile dans les esprits de générations de tifosi et d’amateurs de ce sport. A l’heure où le club tourne la page la plus importante de son histoire, AC Milan – Zone vous propose dix des maillots les plus marquants du riche passé de cette società hors du commun. Deuxième partie.

 

3. 1962-1963 : en blanc sur le sommet de l’Europe

Si la Coupe Latine fut le premier titre international du Milan, ce trophée limité à quatre pays seulement ne convenait guère aux instances dirigeantes du football européen. Au milieu des années 50, le débat pour savoir qui était la meilleure équipe d’Europe prenait de plus en plus de place dans les grands pays de football et, sous l’impulsion du journal français L’Equipe, l’UEFA créa en 1955 la Coupe des clubs champions européens ou Coppa dei campioni, dorénavant connue sous le nom de Champions League. Les cinq premières éditions de cette compétition furent remportées par le Real Madrid, qui affronta notamment le Milan en finale lors de l’édition 1957-1958. Par la suite, le Benfica s’imposa en 1961 et 1962, avant de croiser la route du Milan…

Depuis 1960, le club lombard était entraîné par le légendaire Nereo Rocco. El Paron, comme il était surnommé, dirigeait alors une équipe composée de joueurs comme Cesare Maldini, Giovanni Trapattoni, Giovanni Lodetti, Gianni Rivera et José Altafini, qu’il mena au huitième Scudetto de l’histoire du club en 1962. En sa qualité de champion d’Italie, le Milan fut amené à disputer l’édition 1962-1963 de la Coupe des clubs champions européens. A cette époque, la compétition était radicalement différente puisqu’elle ne se disputait que sous la forme de matches aller-retour à élimination directe. Ainsi, le Milan élimina tour à tour l’Union Luxembourg, Ipswich Town, Galatasaray et Dundee avant d’atteindre la finale face au Benfica, double tenant du titre. Face au club portugais jouant en rouge, le Milan se retrouva à devoir porter son maillot extérieur, contrairement à la finale de 1958 où le maillot rossonero avait été utilisé face au Real Madrid. Ainsi, les joueurs milanais allaient tenter de conquérir le plus grand titre européen avec un maillot blanc, couleur utilisée en tant que maillot extérieur sans discontinuer depuis 1910, à l’exception d’un intermède en rouge lors de la saison 1945-1946.

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Wembley, le 22 mai 1963. Debout, de g. à d. : C.Maldini, V.Benitez, G.Rivera, J.Altafini, B.Mora, G.Pivatelli. Accroupis : G.Ghezzi, M.Trebbi, M.David, G.Trapattoni, D.Sani.

Cet impeccable maillot blanc était seulement contrarié par le Scudetto brodé sur la poitrine et par un col ouvert et l’extrémité des manches comportant un rappel rouge et noir. Le short était entièrement blanc, tandis que les chaussettes blanches bénéficiaient de parements rouges et noirs. Ce fut dans cet uniforme marquant que l’équipe menée par Maldini parut sur la pelouse de Wembley, le 22 mai 1963. L’équipe alignée en 3-2-4-1 par Nereo Rocco se retrouva à affronter le Benfica, à la recherche d’un troisième titre consécutif. Si les Portugais ouvrirent rapidement le score grâce à Eusébio, les milanais se reprirent en deuxième période grâce à un doublé de l’italo-brésilien José Altafini, inscrit en huit minutes ! Devant 45000 spectateurs londoniens, le Milan remporta sa première Coupe des clubs champions européens tout de blanc vêtu : bien loin du rouge et du noir devant inspirer le feu et la peur, ce blanc immaculé entra dans l’histoire comme le symbole d’un Milan victorieux et d’un football élégant, en attendant les prochains titres internationaux…

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Les deux buteurs de cette finale historique pour le Milan : Eusébio et José Altafini.

 

4. 1968-1969 : les magies du Golden Boy

La décennie des années 1960 se termina comme elle avait commencé pour le Milan : auréolée de succès. Pourtant, elle ne fut pas de tout repos et le club subit quelques bouleversements majeurs. En effet, en 1963, après sa victoire en Coupe des clubs champions européens, Nereo Rocco quitta le club pour rejoindre le Torino puis, en 1966, Cesare Maldini signa lui aussi dans le club piémontais avant de mettre fin à sa carrière l’été suivant.

L’absence de Rocco fut marquée par plusieurs changements d’entraîneurs, parmi lesquels seul Arturo Silvestri ramena un trophée en Lombardie, la Coppa Italia en 1967. Face à ses tâtonnements guère productifs, la direction lombarde fit le choix de ramener Nereo Rocco sur le banc du Milan à l’été 1967.

Le club milanais remporta ainsi le Scudetto et la Coupe des Coupes lors de la saison 1967-1968. Si un joueur symbolisa le Milan de cette époque, ce fut bel et bien Gianni Rivera. En 1963, lors de la victoire en Coupe des clubs champions, le natif d’Alessandria était le jeune et prometteur milieu de terrain de 20 ans de l’équipe. Dès 1966, au départ de Maldini, cela ne l’empêcha pas de récupérer le brassard de capitaine d’un club qui s’affirmait de plus en plus comme une référence en Europe. Son entraîneur Nereo Rocco le décrivait ainsi :

« Il ne court pas beaucoup. Mais si je veux avoir, de la première à la quatre-vingt dixième minute, le jeu, la fantaisie et l’art de pouvoir renverser une situation… Seuls les éclairs de Rivera peuvent me donner tout ceci. Je ne voudrais pas exagérer car au fond, ce n’est que du football, mais c’est pour cela que Rivera est un génie. »

Sa capacité à voir le jeu et à l’anticiper et son aptitude dans le maniement du ballon – tant à la passe qu’au dribble – faisaient du Signorino, comme il était surnommé dans sa ville natale, un joueur rare. En 1968, à 25 ans, Gianni Rivera évoluait déjà à un niveau exceptionnel malgré son jeune âge et devenait même champion d’Europe avec la Nazionale. Vainqueur du championnat d’Italie l’année précédente, le Milan vit à nouveau les portes de la Coupe des clubs champions européens s’ouvrir. En raison du printemps de Prague au-delà du rideau de fer, plusieurs adversaires potentiellement redoutables comme le Dynamo Kiev ou le Ferencváros ne prirent pas part à la compétition.

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Les vainqueurs de l’Ajax. Debout, de g. à d. : K.H.Schnelligner, S.Malatrasi, A.Sormani, N.Rocco (entraîneur), R.Rosato, G.Rivera, P.Prati, F.Cudicini. Accroupis : M.Bergamasco (entraîneur adjoint), G.Trapattoni, G.Lodetti, A.Anquilletti, K.Hamrin.

Le Milan mené par Rivera élimina Malmö avant d’être tiré au sort pour atteindre directement les quarts de finale, où il écarta le Celtic Glasgow, puis Manchester United, vainqueur la saison précédente. En finale, l’adversaire fut l’Ajax Amsterdam entraîné par Rinus Michels et un autre numéro 10 de talent, Johan Cruyff. Pour cette finale se déroulant à Madrid le 28 mai 1969, le Milan porta ses couleurs classiques, comme lors de la finale perdue en 1958.

A cette période, le maillot milanais s’était particulièrement simplifié puisque le seul signe distinctif se trouvait être le Scudetto brodé sur la poitrine. Comme au début du siècle, le club était revenu à une vingtaine de rayures rossonere, sans oublier le short blanc et les chaussettes noires. La première période se conclut sur un score de 2-0 en faveur du Milan, grâce à un doublé de Pierino Prati, sublimé par la prestation de son capitaine. Malgré la réduction du score par Velibor Vasovic, le club lombard ne fut pas mis en danger puisque Prati puis Angelo Sormani scellèrent la victoire 4-1 du Milan, qui remporta ainsi sa deuxième Coupe des clubs champions européens.

Capitaine d’un Milan au sommet de l’Europe, Rivera reçut à la fin de l’année 1969 le Ballon d’Or récompensant le meilleur joueur européen. Sur le podium, le Signorino devenu Golden Boy devança son coéquipier en Nazionale Gigi Riva, futur champion d’Italie avec Cagliari, et Gerd Müller. Deux autres rossoneri furent présents dans ce classement : Pierino Prati (8ème) et Angelo Sormani (15ème).

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Gianni Rivera avec son Ballon d’Or face à Gigi Riva.

 

La partie précédente est disponible ici, tandis que la suite de ce dossier sera à retrouver la semaine prochaine !

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