Un diavolo, des tifosi

Peut-on les compter ? 80 000, 85 000, ou même peut être 90 000. Une ruée rouge et noire qui fond sur le Camp Nou en 1989 en l’espace de quelque dizaines de minutes. Pour une journée, un soir, un moment, Barcelone est « colonisé » ce 24 Mai 1989, dans ce qui sera le plus grand « exode » de supporters hors de la Grande Bretagne dans l’Histoire tout entière du Football. Et pour quel final(e) me direz-vous : victoire cinglante 4 à 0 sur le Steaua Bucarest pour une troisième Coupe d’Europe des Champions. Un record encore à l’heure actuelle qui image parfaitement l’engouement des tifosi pour leur club. Un amour incommensurable même lors des saisons en Série B, où l’on dénombrera parfois presque 60 000 tifosi toujours derrière les rossoneri.

D’autres chiffres prouvent et approuvent cet attachement impérissable si tant est qu’il y ait encore à le démontrer. Ainsi, depuis le milieu des années 80, la foultitude d’abonnés n’a jamais décru, bien au contraire. Ce n’est pas moins de 35 000 abonnés au minimum depuis qui se présentent chaque saison à la billetterie de San Siro avec leur petite carte, fièrement arborée. En 1992-1993, un pic de 73 034 abonnés représentant le record absolu du club et de la Botte, y compris du San Paolo de Naples, à l’époque de son tendre et cher Maradona qui envoutait les foules. Dans tous ces temps de l’ère Sacchi, on ne descendit même pas en dessous des 65 000 personnes qui étaient toutes comblées pour chacune d’elle par un héros qui lui était propre (Gullit, Van Basten, Maldini, Baresi, Rijkaard et tant d’autres).

L’autre puissance du Milan ? Ses 872 clubs officiels de supporters regroupés au sein de l’AIMC, dont 62 à l’étranger (14 pour la seule Suisse) et 8 en France avec entre autres des villes représentées comme Saint-Étienne, Bastia, Avignon ou encore Paris. Au total, les Milan-clubs d’Italie et du reste du monde totalisent 97 200 affiliés. Tous entretiennent leur passion par le biais de soirées où sont conviées joueurs et dirigeants. D’ailleurs, lors d’une étude toute récente sur les tifosi en Europe, Milan serait l’équipe la plus suivie du vieux continent avec pas moins de 21 millions de supporters disséminés ici et là.

Dans les années 1970, les ultras milanais ont une opinion politique largement tournée et poussée à gauche, voire même d’extrême gauche. Ils s’inspirent des Brigades Rouges, très influentes sur les jeunes, qui haranguent les foules dans ce que l’on appellera les « années de plomb » en Italie, autour attentats et d’assassinats. De ce fait, la police est à deux doigts d’intervenir. Les années passent, et on se retrouve 20 ans plus tard. La Curva Sud, principale image et identité des ultras rossoneri, vrai à droite. Les chefs ultras veulent pacifier leur curva. On voit donc se signer par exemple des pactes de non agression avec leurs homologues de l’Inter, ainsi que des intérêts économiques bien pensés (merchandising…). Même si le hooliganisme perdure, tout cela permet d’atténuer les tensions tout comme les ardeurs des forces de l’ordre, qui étaient bien décidées cette fois à intervenir dans les curve. Toutefois, il faut signaler qu’aucune banderole à caractère raciale, xénophobe ou fasciste n’est à relever dans toute l’Histoire de notre bon et vieux San Siro.

Cependant, des luttes d’influence pour contrôler ce business ont dans un passé proche, provoqué plusieurs règlements de compte très durs dont des membres de la Fossa del Leoni ont notamment subi les conséquences, avec la dissolution du groupe en Novembre 2005. De nouvelles altercations ont depuis, également éclatées, mais toujours en dehors du stade relativement préservé. En effet, le dernier mauvais souvenir en date pour San Siro remonte à l’année 94, où lors d’un match de Ligue des Champions, les supports milanais avaient jeté un projectile sur le gardien de l’Austria Salzbourg, entraient deux matches de suspension du terrain.