Milan et la Lombardie

Depuis longtemps considérée comme le grenier de l’Italie, la fertile pleine lombarde qui s’étend du pied des Alpes a connu de nombreuses populations successives. Après les Ligures et les Etrusques, les Gaulois, battus par les romains, gardent un statut particulier dans la Gaule Cisalpine. Celle-ci envahie par Attila puis par les Goths, les Logombards lui laissent finalement son nom au VIè siècle. Les communes nées au XIè siècle s’unissent au XVè et au XVIè sous la tutelle des Visconti, puis des Sfroza, Mantoue restant aux mains des Gonzagues. Au XVIè siècle, Charles Quint et François Ier se dispute le Milanais. Le second, vaincu à Pavie en 1525, écrira à sa mère le célèbre « Tout est perdu fors l’honneur ». Les Espagnols cèdent la place aux Autrichiens, qui doivent à leur tour s’écarter devant les troupes de Bonaparte avant de revenir après le congrès de Vienne et d’être définitivement chassés en 1859.

 

Très irriguée, la patrie de Virgile a été de tout temps une terre de culture et d’élevage. Son agriculture est aujourd’hui des plus modernes. Outre les céréales et les rizières de la plaine, les vins de la Valteline et de l’Otrepo Pavese, la Lombardie pratique l’élevage des bovins. Cette région ne serait pas la plus riche d’Italie (environ 1/3 du revenu national pour 20% de la population) sans son industrie dynamique. Entrainée par la banlieue industrialisée de Milan, où, à côté des géants Montedison et Pirelli, de nombreuses P.M.E. recouvrent divers secteurs de l’industrie, la Lombardie offre 40% des emplois industriels d’Italie.

L’histoire mouvementée de Milan, traditionnellement rebelle à l’autorité depuis les Romains jusqu’à Mussolini, est liée à celle de la Lombardie. La ville fut la capitale de l’Empire romain d’Occident au IVè siècle et celle du royaume napoléonien d’Italie. Incarnation du « miracle italien » dans les années 1950, où elle accueille le premier gratte-ciel européen, la tour Pirelli, elle est aujourd’hui capitale économique incontestée du pays.

Métropole active et moderne, Milan n’est pas une vile-musée comme certaines de ses sœurs italiennes (Florence ou Rome). Mais si sa séduction est moins immédiate, elle n’en est pas moins profonde. Très vivante, Milan reste particulièrement créative. Ses couturiers Valentino, Armani, Versace, Missoni, etc…, rivalisent avec les maisons parisiennes. On les retrouve tous dans la prestigieuse chaine de grands magasins « La Rinascente » dans les allées du beau Milan. Cette dernière reste aussi la capitale du design européen et a vu naitre il y a une vingtaine d’année le groupe Memphis-Milano, qui, dans une euphorie formelle et colorée, vient rompre avec une tradition fonctionnaliste et épurée.

 

 

Il ne faut pas oublier que Milan est une des villes d’Italie où l’on mange le mieux, célèbre, notamment, pour son osso-buco, son risotto, le gorgonzola et le panettone. Milan est enfin une des villes d’art les plus riches d’Italie. Au centre de son tracé concentrique se trouve le célèbre dôme. Cet extravagant délire de pierre commencé à la fin du XIVè siècle et, à peine terminé, est marqué par les influences allemande et française, mais garde des proportions italiennes. Le peintre futuriste Carra a évoqué dans une saisissante vue télescopée l’immuable Caffé Biffi et l’immense coupole de la galerie Victor-Emmanuel, qui conduit à la place de la Scala.
 
Stendhal considérait la Scala, élevée à la fin du XVIIIè siècle, comme le plus beau théâtre du monde. Elle fut le cadre des premières représentations des opéras de Rossini, Verdi, Puccini, et la saison lyrique y est toujours brillantissime. Les spectacles du Piccolo Teatro, où Giorgio Strehler renouvelle l’art de la mise en scène, jouissent eux aussi d’une renommée internationale. Non loin, le musée Poldi Pezzoli a gardé tout le charme de la demeure privée milanaise. La visite de la pinacothèque Brera comble l’amateur de peinture le plus exigeant, auquel il propose une impressionnante série de chefs d’œuvre : la beauté silencieuse du retable des Montefeltre par Piero della Francesca ; le Mariage de la Vierge, chef d’œuvre d’intelligence et de grâce par Raphaël, parmi tant d’autres…

L’impressionnant château Sforza, élevé en 1450, conserve quant à lui la Pietà Rondanini, de Michel-Ange.

 

Les églises de Milan recèlent elles aussi de trésors variés : citons San’t Ambroglio, dont l’architecture romano-lombarde est caractéristique de la région, et San Eustorgio. A côté de Sainte-Marie-des-Grâces, superbement remaniée par Bramante en 1492, se trouve le Cenacolo Vinciano, où l’on peut admirer la très fameuse Cène de Léonard de Vinci. Parmi les innombrables ressources artistiques de Milan, il faut encore citer la Pinacoteca Ambrosiana et le récent musée d’Art moderne. Caractérisée par sa couleur rouge brique, Pavie, ancienne capitale de la Lombardie, doit son animation à son université, fondée au XIVè siècle et qui accueillit Pétrarque et Christophe Colomb. Riche en monuments, Pavie est surtout célèbre pour sa chartreuse, chef d’œuvre de la Renaissance lombarde dû aux architectes Amadeo et Lombardi. Elle abrite les gisants de Ludovic le More et d’Isabelle d’Este ainsi que de remarquables stalles de marqueterie.

Patrie de Stradivarius, Crémone possède une école internationale de luthiers. Sa place communale est une des plus belles d’Italie. Dans le dôme, les peintures du Podernone, le principal rival de Titien, ont gardé une présence insistante. Son campanile de la fin du XIIIè siècle, il Torrazzo, est le plus élevé d’Italie et offre une vue magnifique sur crémone et la plaine du Pô. Mantoue, ville des Gonzagues depuis 1328, dont Isabelle d’Este fit une cour raffinée et cultivée,  fût très abimée pendant la dernière guerre. 
 
Le palais duca, énorme et composite, arbitre dans le Castello di San Giorgio un chef d’œuvre de Mantegna, la « Chambre des époux », peinte en trompe-l’œil. Le palais du Té, villa maniériste bâtie et décorée par Giulio Romano de 1525 à 1535, est un véritable palais d’illusion où jardins, architecture et décoration peinte sont conçus en trompe-l’œil. La salle des Géants est particulièrement étonnante : allusion politique évidente où Giulio Romano peintre met en scène la destruction d’une architecture semblable à la sienne avec une « terribilità » michelangélesque et parodique.

Enfin, Bergame, qui aurait vu naître la commedia dell’arte au XVIè siècle, est la patrie d’Arlequin. On u trouve la chapelle Colleoni, due à Amadeo en 1476 et donc la façade de marbre et polychrome rappelle celle de Pavie. A l’intérieur, on peut admirer de remarquables sculptures, fresques et marqueteries ainsi que les tombeaux du condottiere et de sa fille Medea. L’Accademia Carrara conserve une superbe collection d’œuvres de portraitistes bergamasques (Moroni au XVIè ; Fra Galgario au XVIIIè) et un bel ensemble de tableaux vénitiens (Lotto séjourna longtemps à Bergame).

 

En espérant vous avoir fait découvrir ce petit bout d’Italie et vous avoir conquis d’aller le voir de plus près…

Remerciements à Arnaud L., ancien rédacteur d’ACMilan-Zone.fr

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