Rocco, Nereo

Ce nom doit peut-être signifier très peu voire rien du tout pour la plupart d’entre vous, et pourtant, on peut dire que cet homme fut le premier personnage du Milan AC et l’un des premiers Monsieurs du foot Italien. Né à Trieste le 20 Mai 1917, triestino doc, une carrière de joueur en partie à la Triestina, Napoli et il Padova, et même une sélection en Nazionale (à deux doigts de participer au Mondial 34 et donc de le gagner). Nereo Rocco est connu pour sa carrière d’entraîneur.

Cette dernière débute bien évidemment à la Triestina, saison 47-48, après guerre, jeune entraineur, Rocco réalise de suite l’exploit – avec une modeste équipe – de classer la Triestina deuxième juste derrière le Grande Torino (celui de Superga).Invaincu à domicile, deuxième égalité avec les plus blasonate Milan et Juve, ce fut et ça reste encore le meilleur classement jamais acquis par les alabardati. Sa carrière continue à Trieste où il reste encore deux saisons avant de partir à Trevise. Après un bref retour du à des divergences avec la dirigeance, Rocco va entrainer Padova en Serie B. Il les fait remonter en Serie A et invente le « catenaccio » (et oui ce fut lui le précurseur du catenaccio et non l’Interista Helenio Herrera). Il réussit à se classer 3ème (derrière la Juve et la Fiorentina) et encore une fois, ce classement est le meilleur jamais obtenu par les Patavini (on dit encore aujourd’hui que sur la table de chevet de certains padovani se tient à côté de celle de Sant’Antonio, la photo de Rocco). S’en suit un passage à la Nazionale Olimpica (avec laquelle il obtiendra la 4ème place aux J.O de Roma en 1960). Et c’est après cette expérience que El Paron (Il padrone soit le patron en dialecte veneto) arrive à Milan à l’été 1961. Milan est alors la deuxième équipe de la ville. Rocco, pour ses débuts, va tout simplement gagner le 8ème Scudetto de l’histoire du club en finissant devant l’Inter et avec comme duo d’attaque Altafini et le jeune Gianni Rivera dont il sera le mentor. La saison suivante, c’est tout simplement la première Coupe d’Europe des Clubs Champions du club (et d’Italie) que le formidable Rocco réussit à gagner, à Wembley contre le Benfica (voir l’article dédié à cette finale sur ACMilan-Zone…)

Après des rapports difficiles avec le président rossonero Viani, Rocco quitte le club et passe 4 saisons au Torino de 63 à 67. Il apportera aux Granata leurs meilleurs résultats depuis la tragédie de Superga. Il revient par la suite à Milanello durant l’été 67. Pendant son absence, l’Inter se gave de Scudetti et de Coppa Campioni. Dès lors, El Paron ne trouve rien de mieux à faire que de répéter le même doublé que lors de son premier passage, c’est à dire Scudetto lors de la saison 67-68 (et 9 points d’avance sur le second Napoli et surtout 11 sur la légendaire Inter de Herrera) et Coupe des clubs Champions aux dépends de l’Ajax en mai 69 (4-1) (voir l’article dédié à cette finale sur ACMilan-Zone…). Il enchaîne ensuite avec la Coupe Intercontientale (la première du club) gagnée aux dépends de l’Estudiantes en 1970. Sans oublier la Coupe des Coupes contre Hambourg en 1968 (2-0).

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Cette fois, il reste à la tête de l’équipe, et remporte deux Coupes d’Italie en 72 et 73 et lors de cette saison 72-73, il remporte aussi une nouvelle fois la Coupe des Coupes en battant Leeds 1-0. Cette victoire fut aussi la raison de la célèbre « fatal Verona »  et cette défaite face au Hellas, qui coûtera à Rocco un 3ème Scudetto pour sa part, et la stella pour le Milan.

Son adjoint lors des deux dernières saisons ne fut autre que Cesare Maldini. En 8 saisons à la tête du club, El Paron remporta 9 trophées et surtout en 8 saisons, il ne fit qu’une seule saison vierge de trophées (70-71, deuxième de la Serie A et finaliste de la Coupe d’Italie). 8 saisons durant lesquelles il ne classe le Milan AC que 4ème en Serie A au minimum (Deux Scudetti, quatre fois vice-champions, une fois 3ème et une fois 4ème) Il fut l’homme qui donna les premières lettres de noblesse à notre club en Europe et dans le monde, on lui doit beaucoup, que dis-je énormément. Il créa aussi le style Milan, charisme, classe et correction. Il entraînera une autre saison, en 73-74, la Fiorentina et à 62 ans il stoppa temporairement sa carrière d’entraîneur, parti se reposer dans sa Trieste natale. Il revient ensuite au Milan en tant que directeur technique et s’offre un dernier baroud d’honneur en mai 77. Il conclut la saison sur le banc, et s’offre une 4ème coupe d’Italie et un 10ème trophée personnel, rien que ça. Ensuite conseiller de Niels Liedholm, il participera à sa façon à la conquête de la stella qui lui était tant chère et qui lui avait terriblement échappée 6 ans plus tôt. Mais il ne la verra pas de ses propres yeux puisqu’il décède quelques mois avant, précisément le 20 février 1979 à Trieste. Il nous quittera beaucoup trop tôt, à 67 ans.

Pendant de longues années, il détint le record de présences sur un banc de touche en Serie A, la statistique donne le vertige : 787 matchs dirigés, seulement battu en 2006 par Carletto Mazzone. Le personnage a beaucoup marqué l’histoire du foot italien. Tout d’abord par le dialecte triestino qu’il utilisait partout même avec les journalistes (« Pasta e fasoi xe la nostra droga quotidiana, bisteca de caval e un bicer de vin giovedì matina a le dieci »). Sympathique, très humain avec ses joueurs, il considérait Rivera comme son fils, interprète d’un calcio sobre mais efficace. Franc et sincère, il reste l’un des personnages les plus aimés du monde du foot, indifféremment de la fede calcistica des personnes, il réussissait à créer une atmosphère exceptionnelle dans les vestiaires et considérait avant tout ses joueurs comme des humains et non des athlètes (et c’est là qu’on se rend compte qu’un certain Ancelotti a du Rocco en lui).

La Triestina a tenu à lui rendre hommage en nommant son nouveau stade en 1992 à son nom, lo stadio Nereo Rocco mais qui pour les Milanisti restera à jamais El Paron…peut-être le plus grand entraîneur de l’histoire du Milan AC et l’un des plus grands de toute l’histoire du football.

Nereo Rocco en chiffres

(1960-1963/1966-1973/1976-1977)

459 Matchs sur le banc du Milan AC

Palmarès avec le Milan

2 Scudetti (1961/62, 1967/68 )
2 Coppe dei Campioni (1962/63, 1968/69)
1 Coppa Intercontinentale (1969)
2 Coppe delle Coppe (1967/68, 1972/73)
3 Coppe Italia (1971/72, 1972/73, 1976/1977)

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