Weah, George

« La première fois que je l’ai vu arriver j’ai dit…. Mais qui on vient de recruter là ? On dirait un serviteur, un domestique ! ». Ce furent les premiers mots que Fabio Capello (toujours cru dans ses propos…) envoya à l’encontre de quelques uns de ses collaborateurs lorsqu’il vit arriver pour la première fois à Milanello avec son allure « traînante » et lancinante, George Weah. Il ne s’agissait pas d’un serviteur, mais bien d’un des plus grands joueurs qui ont revêtu nos couleurs, au-delà du personnage qui était absolument extraordinaire, hors norme. Weah a été sur le terrain, un avant-centre complet : puissant physiquement, très habile balle au pied, excellent jeu de tête, rapide et altruiste. Il n’était pas un buteur qui plantait 20 pions dans la saison mais c’était un attaquant capable de faire peser un poids énorme sur les défenses adverses au-delà du fait qu’il était en mesure d’envoyer régulièrement ses partenaires sur orbite (et notamment son ami Marco Simone).

Maldini embrasse Mister George

Mais George Weah doit son grand passé et sa notoriété également à sa sympathie (il avait coutume de dire cette célèbre phrase à chaque fois qu’il était interviewé à la télévision : « Salut à tous, les beaux et les moches »), et à sa grande humanité explicitée surtout par son profond attachement à sa terre natale (le Liberia). Weah, durant les saisons où il a évolué au Milan AC, et où son pays était réduit à une guerre civile sanglante et sans fin, avait fait des dons très importants de sa poche, contribuant ainsi à la construction des nombreuses infrastructures et des centres d’accueil, et en aidant le football national libérien à pouvoir se développer afin qu’il puisse prendre part à la Coupe d’Afrique des Nations et aux qualifications pour la Coupe du Monde. Voilà ce qui restera son plus grand regret de sa carrière de joueur : ne pas avoir réussi à qualifier les siens au Mondial 2002 (à un petit point près). Il faisait tout pour son équipe. La majeure partie des 65 rencontres auxquelles il a pris part avec le maillot libérien ont vu un Weah meneur de jeu, qui cherchait à construire le jeu au service de ses coéquipiers moins doués que lui. C’est pour cela qu’il ne marquera que 10 buts en tout avec le Libéria. Son engagement pour la Liberia ne s’est jamais altéré, au point que, en 2004, Weah a tenté de mettre sa popularité au service de son peuple en se portant candidat aux élections présidentielles libériennes. Il échoua certes, mais l’impact de cet évènement fut de toute façon immense et laissera à jamais des traces indélébiles.

George Weah (de nom complet George Manneh Oppong Ousman Weah) est né à Monrovia (Liberia) le 1er Octobre 1966, et est considéré unanimement comme étant le plus grand footballeur africain de tous les temps. Après un court passage en tant que joueur dans son pays, il arriva dans le championnat du Cameroun (Yaoundè) où il se mit rapidement en lumière. L’année suivante (1988), il est transféré en Europe, où il va effectuer la majeure partie de sa carrière : en France (Monaco, PSG et O. Marseille), en Italie (Milan) et en Angleterre (Chelsea et Manchester City). Ainsi, il montra aux yeux de toute l’Europe l’étendue de ses qualités techniques et son mental de gagnant, au point qu’en 1995, il fut élu Ballon d’Or et FIFA World Player !

Weah sur la pelouse de S. Siro avec son Ballon d’Or

Durant la saison 1994/95 avec le Paris Saint Germain (il est Champions de France 1994), il dispute une très grande Champion’s League, obtenant le titre de meilleur buteur de la compétition. En demi-finale, le PSG rencontrait le Milan AC : George, noyé dans la mythique défense rossonera, ne parvint à rien faire, et le Milan élimina le club de la capitale. Lorsque le Milan affronta les français, les rumeurs qui envoyaient Weah chez les rossoneri étaient déjà insistantes (presque sûres). La prestation de George contre le Milan fit naître chez les supporters lombards quelques doutes sur sa capacité à s’acclimater au championnat italien : « En Italie les défenses sont très robustes, et vu que contre le Milan il n’a pas vu le jour… Réussira-t-il ici ce qu’il a fait ailleurs ? ». Voilà les questions qui taraudaient les milanisti malgré le tableau de chasse de l’attaquant africain qui affichait déjà quelques belles pièces comme le fameux but inscrit par Weah, sous les couleurs du PSG, face au Bayern Munich en 1994.

Il arrive tout de même lors de la saison 1995/96 et après d’excellentes prestations durant les matchs amicaux estivaux, il mit 6 minutes à dissiper tous les doutes le concernant. Pour le début de ce nouveau championnat, le Milan de Capello rencontre le Padova, là-bas, et Mister George inscrira le but du 1-0 (sur un coup de tête fantastique) puis délivrera une passe décisive au Capitaine Franco Baresi. Tout le monde était désormais convaincu de ses qualités, mais la certitude, dans le cerveau des gens, que Weah allait devenir un immense champion indispensable aux milanais arriva à la troisième journée : le Milan joue les giallorossi de la Roma à l’Olimpico, entraînés par Mazzone. Balbo ouvrit le score pour les locaux, mais l’avant-centre libérien renversera la vapeur en marquant un doublé et en livrant une prestation stratosphérique. Le deuxième but est notamment un chef d’œuvre : après avoir dribblé Aldair, l’attaquant lombard anticipe la sortie du gardien adverse, Cervone, d’un magnifique extérieur du pied. Sublime !

Après quatre victoires consécutives, le Milan est défait sur le terrain de Bari et affronte à San Siro à la 6ème journée la Juventus, concurrent direct au titre. Le Milan l’emporte 2-1 : un match qui met en exergue l’excellente entente entre les deux compères de l’attaque, Weah et Simone. A partir de cette rencontre, le Milan va prendre son envol en tête du classement et ne sera plus jamais rejoint par les bianconeri, d’autant plus parce que Weah continue à impressionner. Lors de la 12ème journée, le libérien va inscrire un but qui marquera à jamais l’histoire du football et qui restera sur toutes les compilations des plus belles réalisations de ce sport que nous aimons tant, de la VHS au Blu-Ray, en passant par le DVD. Weah élimine son premier vis-à-vis d’un crochet astucieux (Marcolin), passe tout en vitesse les deux défenseurs laziali et trompe Mancini de son extérieur du droit fétiche. Ce jour-là, tout le peuple couvé par le Diavolo comprit qu’avec un tel joueur, plus rien ne pourrait nous arriver.

Weah scella définitivement le titre du Milan en championnat à Turin lors de la 23ème journée, en inscrivant le but du match nul (1-1 au final) sur un centre de Donadoni. À la fin de cette fantastique saison, le libérien verra son compteur buts afficher 15, dont 11 en championnat, 1 en Coupe d’Italie et 3 en Coupe UEFA (d’où les lombards seront sortis par les Girondins de Bordeaux de Z. Zidane). Capello quitte le Milan AC en 1996/97 après cinq saisons triomphales, laissant ainsi sa place à Tabarez. La saison sera un désastre en tous points. Sauf pour un homme : Weah. Il parviendra à dépasser son record de but sous les couleurs rossonere en une saison : 16 buts dont 13 en championnat. Pourtant, les débuts de cette saison sont prometteurs. Les partenaires de George reçoivent à S. Siro le Hellas Verona. On perd 0-1 à la mi-temps. Mais le Milan va se déchainer à la reprise pour finalement l’emporter sur le score de 4-1. A la 85ème minute, Weah inscrivit surement un des plus beaux buts que je n’ai jamais vu : un coast to coast (expression souvent employée au basket, lorsque le joueur va d’une ligne à l’autre, d’un camp à son opposé) de 110 mètres ! Plus il avançait dans sa fantastique chevauchée sur la pelouse, plus les gens dans le stade se levaient. George était comme poussé par tout un peuple, et cela s’amplifiait tous les dixièmes de seconde. Et au moment où l’attaquant milanais vint battre le portier adverse, Gregori, d’une frappe sèche, la folie s’empara de tout un stade. Formidable, appréciez juste :

La saison suivante (1997/98) marque le retour de Capello à la tête des rossoneri, mais ça n’inversera pas la mauvaise tendance. Ce sera une année négative de plus en championnat, et le la seule et unique consolation viendra de la Coupe d’Italie que le Milan perdit en finale contre la Lazio. A l’aller, les rouges et noirs l’avaient pourtant emporté 1-0 (sur un but de Weah à la 90ème, inévitable). Mais au retour, après avoir mené qui plus est, 1-0 pendant une bonne partie du match, les protégés de Capello encaissèrent trois pions en dix minutes et dirent adieu au trophée. Weah, de son côté, fera tout de même son devoir, en mettant 13 buts lors de cette saison calamiteuse. La saison 1998/99 sera celle de la révolution ‘zaccheronienne’ (du nom de son instigateur). Le Milan remportera le championnat après une remontée incroyable sur la Lazio et Weah, même s’il ne marquera pas autant que d’habitude (seulement 8 buts en championnat), sera un grand artisan de la conquête de ce 16ème Scudetto. On retiendra surtout son doublé inscrit à Turin pour une victoire 0-2 des visiteurs, à trois journées de la fin. Et l’image de Weah prenant par la main Z. Boban afin de courir fêter son but devant la Curva milanista en délire, restera à jamais dans nos mémoires !

 

Quelques semaines auparavant, à Udine, George avait fêté son centième match sous le maillot rossonero en marquant – encore – un but et en montrant un t-shirt sur lequel il était écrit : « 100 matchs, merci les amis » ! En 1999/00, Weah entame sa cinquième et dernière saison à Milan. A 34 ans, le libérien commence à peiner pour obtenir une place de titulaire au sein de l’équipe lombarde. C’est pourquoi en Janvier 2000, il est transféré en Angleterre, à Chelsea. Par conséquent, George ne jouera que dix rencontres durant cette moitié de saison à Milan, mais il aura assez de temps pour offrir une dernière joie à ses supporters : il marquera à la 90ème minute le but décisif de la victoire dans le derby della Madonnina contre l’Inter (2-1) avec un splendide coup de tête sur corner tiré par Boban. Ce fut la dernière perle d’une splendide et inoubliable aventure de Weah avec notre Maillot.

En tout, Weah aura joué 147 matchs à Milan, marquant 58 buts, dont 46 en Championnat, 5 en Coupe d’Italie et 7 dans les Coupes Européennes. Quatre saisons et demie pour lesquelles les tifosi de l’AC Milan ne cesseront jamais de le remercier, cher George, que ce soit pour ses prouesses sur le terrain, ou pour sa bonne humeur et sa sympathie qu’il a nous transmis en dehors ! Dommage que ce genre de joueurs se fasse de plus en plus rare de nos jours et ne soit pas plus valorisé que ça…

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