Interview exclusive : Laura Esposto pour ACM-Z.fr

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Laura Esposto, journaliste italienne de renom officiant à Milan Channel et Sky Sport, s’est confiée à ACM-Z.fr pour cette première interview exclusive que nous vous proposons. En tant que tifosa rossonera, elle nous confie ses impressions sur le mercato hivernal, son opinion quant à l’évolution de l’identité rossonera, et bien évidemment, elle nous confie les clés de sa réussite quant à son entrée dans le milieu journalistique…

Bio : Laura Esposto est une journaliste tv italienne, née le 8 Aout 1978 à Bologne. Ayant démarré en tant que mannequin, elle profite d’une opportunité qui lui a été donnée pour travailler au sein de Milan Channel. Ça tombe bien, elle adore le football et encore plus l’AC Milan. Entre micros-trottoirs et interviews à chaud des joueurs avant ou après les matchs et entrainements, elle prendra rapidement du galon et passe en plateau, présentant même certains programmes.
Elle est également à l’aise en anglais, puisqu’elle est parvenue à tirer son épingle du jeu sur « Football Italiano », une émission spécialisée sur la Serie A diffusé par Channel Five. Elle est également correspondante italienne pour Fox Soccer, mais son grand fait d’arme récent reste la présentation du dossier italien pour l’Euro 2016, au siège de l’UEFA et retransmis à grande échelle. Malheureusement pour elle et Paolo Maldini, qui a co-présenté le dossier, c’est la France qui remportera le gros lot.
 

ACM-Z.fr : Qu’est ce qui t’as amené à aimer le football et le Milan ?

Laura Esposto : « J’ai commencé à regarder le football quand j’étais vraiment très jeune, mon père m’amenait au stade à Bologne avec ma famille, puis j’ai déménagé à Milan pour mon travail de mannequin, et ça a changé mon opinion. Car quand j’ai commencé à suivre le football, j’étais pour Bologne ».

La situation de Bologne justement est fascinante, avec leurs problèmes financiers.

« Oui, maintenant la situation s’est améliorée, ils ont trouvé les bonnes personnes pour investir au sein du club. Mais les joueurs ont été très intelligents et ils sont très attachés à leur maillot. Ils n’ont pas été payés pendant longtemps mais ils ont continué à travailler et ne se sont pas plaints. Et ils ont gagné et ont continué à progresser au classement, et maintenant ils sont en milieu de tableau, malgré les pénalisations – Bologna a écopé de trois points de pénalité pour des retards d’impôts – Donc c’est une belle histoire, rempli de sentiments. Marco Di Vaio les pousse vers le haut ».

 Oui il est incroyable, c’est un peu comme Beppe Signori ou Roberto Baggio, ils se transcendent dans les petits clubs.

« Roberto Baggio était déjà une légende quand il est arrivé à Bologna, mais oui, c’est comparable. Ils se donnent à fond ».

Quand tu es une tifosa et que tu travailles sur la chaine du club, n’est-ce pas difficile de rester parfaitement neutre ?

« Non, bien sur. J’ai commencé à plein temps, il y a 5 ans, en combinant avec le mannequinat, mais comme j’ai été déjà à l’époque une supportrice de l’AC Milan, ça ne posait pas de problème. Travailler pour la chaine de mon équipe, c’est parfait comme situation ».

« En tant que journaliste, je me dois de rester impartiale. Mais travailler pour la chaîne de ton équipe, c’est parfait »

Tu peux laisser le cœur parler ?

« Oui, c’est une bonne chose. Mais je peux faire mon travail différemment également. Quand tu travailles pour la chaine d’une équipe, tu la supportes. Quand l’équipe ne va pas dans le bon sens, la politique de la chaine est de positiver la situation, pas de pénaliser l’équipe ou les joueurs sur la situation. On doit trouver un moyen de positiver. Mais je travaille aussi pour une autre chaîne, en Angleterre, dans une émission sur la Serie A. Et je me dois en tant que journaliste d’être à ce moment, impartiale. Mais travailler pour la chaine de ton équipe c’est parfait ».

Est-ce difficile d’être prise au sérieux dans ton travail, lorsque tu es une femme séduisante ?

« Je pense qu’au début, ça pose des problèmes, parce que tu dois prouver que tu sais de quoi tu parle, plus qu’un homme. Donc tu as besoin de plus de temps, mais à partir du moment où tu arrive à faire tes preuves, ils te respectent si tu as une bonne éthique de travail. Je fais mon travail avec professionnalisme et je l’adore, car je regarde les matchs, je ne suis pas seulement ici pour travailler dans la télévision, donc lorsqu’on me parle, les gens comprennent que je sais de quoi je parle ».

Quel est le match qui t’as le plus déçu, et le match qui t’as donné le plus de plaisir ?

« Récemment, le match qui m’a donné le plus de plaisir c’est le match retour contre le Real Madrid, et le doublé de Pippo Inzaghi. Celui qui m’a le plus déçu, c’est le 1/8ème de finale contre Tottenham, car il y avait la place pour gagner. Le match aller était mauvais de notre part, et le second, on l’a parfaitement abordé mais on n’a pas su finaliser ».

Étais-tu surprise cet été, par les arrivées de Robinho et Ibrahimovic ?

« Oui, car on n’avait pas le sentiment de chercher des gros joueurs à ce moment. Mais c’était la seule manière d’améliorer l’effectif. La politique de l’équipe a été de vendre des joueurs afin d’en acheter d’autres. Donc on a donné Borriello à la Roma, et Huntelaar à Schalke 04 ».

Avec l’arrivée de ces gros salaires, pourquoi Berlusconi a rompu sa nouvelle doctrine de préparer le fair-play financier ?

« Je ne sais pas s’il l’a rompu, car Ibrahimovic n’est pas si jeune, il pourra jouer encore 3-4 ans, mais oui il l’a peut-être fait. La volonté de gagner le scudetto a été la plus forte, car ça faisait trop longtemps que l’AC Milan ne l’a pas gagné. C’est pour cette raison que sont venues cet hiver, Van Bommel et Cassano alors qu’ils ne pouvaient pas jouer la Ligue des Champions ».

Et cet hiver donc, tu as été aussi surprise par le mercato ?

« Je n’ai pas été totalement surprise car nous avions beaucoup de joueurs blessés à ces positions. Quand tu veux gagner le scudetto qui est une compétition de longue durée, tu dois avoir une bonne rotation et donc acheter des joueurs. Et la politique du club récemment est d’acheter les joueurs à paramètre zéro où proche du paramètre zéro, où tu n’as à payer que les salaires. Van Bommel est arrivé comme ça et Emanuelson aussi. Cet hiver, s’ils sont venus, c’est du fait des blessures ».

Cet été, il y a beaucoup de cadres et sénateurs en fin de contrat, penses-tu que le club veut les conserver ?

« Normalement, la politique du club n’est pas de laisser partir les joueurs. Et il y a beaucoup d’attachement à ce club, Seedorf a récemment dit après le match de Florence qu’il aimerait rester, Nesta également l’a dit, le problème est l’argent ».

« J’achèterais Ganso, car je pense qu’il peut être très intéressant pour nous »


Mais est-ce que le problème ne serait pas une volonté de Berlusconi et Galliani de rajeunir l’équipe ?

« Oui c’est vrai qu’ils veulent la rajeunir, mais c’est comme une famille, la politique du club est de ne jamais vendre de joueurs qui sont attachés à ce maillot, comme Pippo Inzaghi. Il a 37 ans, et malgré sa grosse blessure, Galliani lui a dit qu’il allait renouveler son contrat, car il y a aussi un coté sentimental. Ça dépend après de la relation entre le joueur et l’équipe ».

Si tu avais les clés du mercato, tu en ferais quoi ?

« J’achèterais Ganso, car je pense qu’il peut être très intéressant pour nous. Et renouveler tout le monde si c’est possible, mais je ne sais pas ce qui se passe. L’an prochain, il y aura encore la Ligue des Champions, et pour être compétitif tu dois être fort, avoir de la qualité, de la jeunesse ».

Que penses-tu du nouveau rêve de Berlusconi, signer Cristiano Ronaldo ? Est-ce faisable et nécessaire à l’équipe ?

« Je ne pense pas qu’il soit nécessaire, il y a déjà un peu trop de buteurs, mais après tout est possible. Mais s’il vient, je pense que quelqu’un d’autre devra partir, et je ne sais pas qui peut partir. Ça pourrait être intéressant, mais je ne le vois pas aussi accessible que Ganso. Car il a couté beaucoup d’argent au Real Madrid, et actuellement l’Italie est en difficulté de ce point de vue la. Mais même si Cristiano Ronaldo est un joueur qui apporterait à n’importe quelle équipe, nous avons déjà ce qu’il faut en buteurs » .

Quand peut-on considérer qu’un mercato est réussi ?

« Quand tu parviens à y combler tes objectifs ».

Est-ce que les équipes italiennes peuvent revenir au haut niveau en Europe dès l’an prochain ?

« Je l’espère vraiment mais je ne pense pas. Si tu ne changes pas quelque chose ça sera très dur ».

Quelque chose comme la politique de la Serie A ?

« Oui, mais c’est difficile dans notre pays de faire ce changement. Par exemple, seule la Juventus va être tout prochainement propriétaire de son stade. Et c’est difficile d’en construire à cause de l’aspect archéologique. Il n’y a pas d’espace, et ça pose également un problème de logistique ».

Dans 10 ans, vois-tu un Berlusconi à la tête de l’équipe ?

« Qui sait ? (rires) Je n’en ai aucune idée, peut-être sa fille ».

On entend beaucoup parler des capacités de négociation de Galliani, mais pourquoi l’équipe paye les jeunes étrangers comme Grimi, Mattioni ou plus récemment Montelongo, si cher, alors qu’ils n’ont au final jamais foulé la pelouse de San Siro ?

« Ça dépend d’où ils viennent mais parfois, tu peux aussi faire des erreurs. Tous les joueurs ne sont pas capables de jouer à San Siro, ils peuvent avoir été des phénomènes, tu les mets à San Siro, et ils ont peur et ne peuvent rien faire. Et tu ne peux pas le savoir avant. Tous les joueurs n’ont pas la solidité d’être fort dans un gros stade, et dans un environnement avec beaucoup de pression. Mais forcement au départ, quand tu achètes quelqu’un, c’est que tu le considères bon (rires). Le bon exemple c’est Gilardino. Quand il est arrivé à l’AC Milan, tout le monde considérait qu’il allait être le nouveau champion, mais il ne l’a pas été. Il est bon dans des plus petits clubs comme la Fiorentina, mais il n’arrive pas à jouer pour Milan par exemple ».

« Les temps changent. Tu peux recruter des joueurs qui peuvent être, pas fous, mais particuliers ».

 

Cette année également il a beaucoup de problèmes, il n’est peut-être qu’un joueur normal?

« Oui peut-être, mais quand l’AC Milan l’a pris, ils n’ont pas vu les choses de cette manière ».

L’aspect national est-il important pour toi ?

« Oui, et l’AC Milan ne donne actuellement que deux joueurs en équipe nationale. Le problème c’est que les jeunes ne grandissent pas dans le parfait environnement. Car on prend des joueurs étrangers sans se soucier de nos jeunes, surtout dans les gros clubs ».

C’est un problème politique ou une question de mentalité ?

« La mentalité surtout, mais également la politique comme toujours. La mentalité des clubs n’est pas d’investir dans nos jeunes joueurs, ils préfèrent prendre des joueurs étrangers car ça prend moins de temps pour qu’ils s’expriment ».

Peut-on toujours dire que Milan a conservé son esprit, sa classe ?

« Je le pense. Les joueurs qui ne l’étaient pas dans leurs anciens clubs, lorsqu’ils sont arrivés à Milan, ils ont changé, parce qu’ils ont le bon exemple des joueurs les plus âgés. Donc quand ils voient des joueurs comme Seedorf ou Nesta, très professionnels, ils changent ».

Même avec Cassano et Ibrahimovic ? Ne penses-tu pas que ça puisse détériorer cet aspect ? Si on perd des joueurs comme Nesta où Seedorf et qu’on achète des joueurs comme Cassano et Ibrahimovic, nous perdrons cette classe ?

« Je pense que les dirigeants seront assez intelligents pour conserver cet esprit, mais c’est sur que si on ne recrute que des joueurs d’un certain aspect, on perdrait le bon équilibre. Mais en ce moment je pense que c’est bien, par exemple on a pris Thiago Silva qui est un joueur comme Alessandro Nesta, en plus jeune. Il est vraiment professionnel et c’est un joueur phénoménal, mais tu dois avoir le bon équilibre et faire attention. Par exemple, si tu prends Mario Balotelli maintenant, tu peux être en difficulté car l’équilibre peut changer de coté. S’il peut changer son état d’esprit, ça irait, mais le plus important dans une équipe, c’est l’esprit et l’équilibre du groupe. Mais les temps changent et on doit avancer comme qui dirait, donc tu peux recruter des joueurs qui peuvent être, pas fous mais particuliers ».

Mais penses-tu que Milan fait attention à cet aspect aujourd’hui ?

« Je le pense et je l’espère ».


Nos remerciements les plus chaleureux à Laura Esposto pour sa gentilesse et sa disponibilité quant à la réalisation de cette interview !

Version Italienne – Versione Italiana (format pdf, clic)  

Réalisation : Miguel (interviewer), Laura (traduction), Gila (présentation).

Crédits photos : lauraesposto.it / John Cassidy (flickr).

Visiter son site : lauraesposto.com

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