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Yoann Gourcuff, success story à la française ou poudre aux yeux ?

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Juillet 2006 : c’est le rêve américain de millions de footballeurs que réalise le jeune Yoann Gourcuff. Intégrer le prestigieux Milan AC et son effectif de rêve. Pouvoir côtoyer les stars lombardes du milieu comme Pirlo ou Kaka, et le mythe Maldini. Talentueux mais pas pressé d’apprendre la langue de Dante, icône de mode aussi peu bavarde que présent sur le terrain lors de sa première saison, on ne sait quoi penser de celui que la France désigne déjà depuis son retour au bercail comme sa « nouvelle star ».

Y’a-t-il un paradoxe Gourcuff : un garçon qui a voulu jouir du standing d’un club en y étant transféré mais qui s’y est perdu ? Pourquoi s’être berné à refuser un premier transfert au Paris-Saint Germain quand il souhaitait plus de temps de jeu et attendre un an plus tard que Bordeaux frappe à sa porte ?

ACM-Z explore pour vous les ambiguïtés du numéro 8 Néo-Girondin.

1. Une carrière dessinée par un père, Christian

« Tu seras un homme mon fils » dixit Rudyard Kipling. Mentor, éducateur spiritualo-paternaliste, Christian Gourcuff est l’homme de l’ombre. C’est peut-être pour l’aguerrir ou vivre sa vie par procuration à travers lui que depuis toujours, mieux qu’une mère poule que l’ex-entraîneur de Rennes puis de Lorient s’est donné comme objectif de faire de la carrière de son bambin une réussite. Difficile ainsi d’opposer l’acquis à l’inné, de parler sans évoquer l’influence extérieure, celle de l’environnement familial…. Le frère de Yoann, Erwann, ne fait pas de football ? Qu’à cela ne tienne ! Sept ans plus tard, le futur rossonero avait trouvé en son ballon un compagnon et accompagnait docilement son papa lors des entraînements du FC Lorient alors semi-professionnel.Christian ce père omnipotent qui prétend tout connaître et tout savoir de son fils quand on lit ses déclarations à rallonge où il chante ses mérites : « Il émane de lui une certaine sensibilité pour le jeu. Il y a sans doute aussi une part d’éducation maison , mais il a appris dans les clubs où il a joué. Mais il est encore perfectible. » ,« Il est venu à Bordeaux, un club qui le voulait, et si cela se passe bien, nous verrons à la fin de la saison si ce choix était le bon. Il est parti du Milan au bon moment, puisque Ancelotti ne comptait pas vraiment sur lui. Mais il a appris en Italie. » : cadrées et decidées au millimètre, entre gourou et directeur de conscience, mieux qu’un agent ou un manager, Christian Gourcuff gère tout y compris la communication de son rejeton et sait comment le mettre en avant ! Il loue souvent la « clairvoyance » de son fils de 22 ans. Pire les deux hommes arrivent même à se mettre en scène mieux que dans une comédie dramatique : preuve en est le tableau de famille et leurs retrouvailles eclipsent le contenu du match Lorient-Bordeaux le mois dernier ! Passé maître dans l’art de « vendre » son « produit », le pater n’oublie pas aussi que la célébrité de sa progéniture rejaillit toujours sur lui. Car Christian aime la médiatisation et les contradictions. « J’adore le Parc des Princes, l’enceinte, qui est un merveilleux stade de foot. » dit-il, pourtant son fils n’y jouera jamais.

2 : Lorient-Rennes-Milan-Paris-Bordeaux : transferts, échecs et business

« Le premier international breton depuis dix ans. Un symbole du rajeunissement de l’équipe de France ». Voilà le nouveau visage de celui qui était presque inconnu il y a encore 2 saisons… tout au plus un joueur comme un autre. Avant tout cela, Yoann Gourcuff est un enfant de la balle, guidé par la passion du jeu et porté par le goût de la compétition. Un jour, il lui a fallu choisir entre deux passions : football et tennis. La légende dit que c’est en février 1998, après sa victoire à l’Open Super 12 d’Auray qu’il l’a fait.Il va disputer des matchs dans les équipes du FC Lorient, où il a commencé à cinq ans en débutants, sans licence puisqu’on ne les délivrait déjà qu’à six. C’est après sa formation lorientaise que le jeune Yoann se dirige tout naturellement en 2001 vers Rennes dans les valises… de son père, qui en devient l’entraineur ! Premier contrat pro en 2003, Coupe Gambardella, premier match de Ligue 1 le 7 fevrier 2004 contre Auxerre : tout va très vite pour le fils prodigue mais c’est l’année suivante 2005-2006 qui va le révéler au grand public avec ses 36 matchs de L1 et 6 buts. Malgré les offres de prolongations du Stade Rennais, il ne donne pas suite à son contrat qui se termine en juin 2005.C’est lors du championnat d’Europe 2005 remporté par les Espoirs de moins de 19 ans français, que le Milan lorgne sur le jeune pousse. Courtisé par plusieurs clubs étrangers depuis quelques temps (Ajax..), le cadet va sauter le pas transalpin. Quoi de plus normal alors quand on connaît le montant des salaires en France et ceux en Italie, la fiscalité, les effectifs, les imageries qui trottent dans la tête des jeunes joueurs qui s’imaginent déjà dégager leurs ainés pour s’imposer grâce à leur exubérance : le breton s’embarque pour Milanello en juillet 2006 au nez et à la barbe du PSG qui tentait de le faire venir.

Car sans attendre les revélations de l’ancien président du PSG, Alain Cayzac, sur son transfert avorté en 2006 puis 2007, on savait que l’affaire avait fini par capoter pour les raisons invoquées plus haut : « Le transfert est abordable mais le salaire élevé. Guy Lacombe connaît très bien le père et le joueur. C’est un avantage, mais, pour le père, le Milan est un club mythique et, au final, Milan gagne. ». Janvier 2007, alors que Gourcuff est au plus mal au Milan, qu’il demande du temps de jeu à force de faire banquette, Paris revient à l’assaut mais même topo selon l’ancien président des Rouge et Bleu : « Je vais à Lorient avec Alain Roche pour voir le père. C’était plus faisable. Yoann était en semi-échec à Milan. Mais entre papa Gourcuff et Paul Le Guen, il n’y a pas de relation de confiance. L’un a pris la place de l’autre à Rennes et ce sont des choses que les Bretons n’oublient pas. Christian n’aurait pas été ravi de voir son fils sous les ordres de Paul alors qu’il aurait été très content de le voir avec Guy Lacombe. ». En somme le père regle ses compte à travers le fils, décide pour lui… Malgré les grandes déclarations de Berlusca qui fait « confiance à Gourcuff » qui fit une première saison prometteuse et se dit même prêt à lui trouver chaussure à son pied, Milan le prête cet été à Bordeaux avec une option d’achat démentielle de 15 millions d’euros (pour un joueur estimé à 5 millions deux ans auparavant !). Le groupe M6 et Jean louis Triaud se frottent les mains : le remplaçant de Micoud, jeté comme un malpropre, sera la coqueluche des stades sans aucun doute. Et ce sera le cas.

3 : L’intrigante personnalité du jeune Gourcuff

Une belle gueule, une aisance sur le terrain toute récente, une pseudo timidité et un jeu médiatique qui fonctionne à fond quitte à pénétrer chez les mondains et autres peoples (son conseiller, l’avocat Didier Poulmaire est l’agent de …Laure Manaudou) : n’en ajouter pas plus pour que la population fonde devant le divin breton, plus mode et tendance que véritablement prêt a tout pour s’intégrer et booster sa carrière. Les attentes autour de lui sont énormes et le joueur profite de cette « bonne période ». Visage différent de celui qui à Milanello, au lieu de se mettre intensivement à la pratique de l’italien, balbutiait et préférait la brosse à reluire du « Humble et conscient de la nécessité de s’imposer sur la durée, ne préférant pas se mettre en avant et refusant fréquemment de parler pour mieux s’illustrer ».
Devenu vitrine des Bleus depuis qu’il a crevé l’écran face à la Serbie et à la Tunisie, mi-prophétisé, mi-controversé, la fraiche recrue du Haillan insouciant en apparence est déjà sûr de lui : imperturbable, difficile de percer chez lui une once de doute : arrogant ? Difficile aussi de se faire un avis mais le jeune homme charme ceux qui l’entourent et il le sait. Il se vante aussi d’avoir appris à Milan, » la culture du haut niveau et la force mentale qui aide à évacuer la pression » ce qui expliquerait selon lui et son entourage qu’il refasse surface à Bordeaux.

De bons ingrédients donc que cette simplicité et cette normalité se dit-on ! Mais que dire de ce que la dirigeance Milanaise semble penser de lui ? En s’en « débarrassant » cet été, subtilement à travers l’option d’achat, puisque les Girondins si ils la lèvent devront payer, à 100 %, le salaire du joueur s’élevant à 200 000 euros par mois au moins ce qui n’est pas gagné, le club rossonero a l’air d’avoir fait d’une pierre deux coups ! Adriano Galliani s’est epanché quelques peu dans presse de façon sibylline : « Gourcuff doit comprendre qu’ à Milan il y a de la concurrence, et qu’ il est nécessaire d’ avoir le bon état d’esprit comme Mathieu Flamini, qui travaille beaucoup et attend de trouver sa place » . Où sont passées les bonnes manières de l’étoile montante ?
Lors de sa deuxième saison (15 matches, dont quatre seulement comme titulaire, et un but) où il n’a pas su (ou pu au choix) s’imposer, le caractère du joueur n’ a pas toujours été apprécié par le staff et les joueurs cadres de l’ équipe. Capricieux ? Trop vite exposé par les médias italiens comme une vedette à son arrivée ? Secret de vestiaire comme de polichinelle, on sait que Laurent Blanc, quadragénaire et ancien Bleu « made in 1998 », n’a aucun reproche à faire à sa 7eme merveille du monde. Sérénité retrouvée au sein d’un vestiaire plus à son image ? Renfermé dans son coin et décidé à s’ouvrir ? Volonté de se montrer leader alors qu’il ne l’était pas pour redorer une image écornée ? Une mise au diapason qui plaît….si elle a du sens !

Séducteur du football moderne issu de la génération 86-87, le milieu des Girondins, où il vit une lune de miel, et de l’équipe de France, évolue entre un père protecteur ou ayant bâti une prison dorée autour de son fils, et une tentation irrésistible : celle de céder à la gloire naissante après avoir traversé un désert volontaire. Il dit vouloir se « concentrer son jeu, progresser et durer ». Quel sera le revers de la médaille de toutes ces sollicitations et débauchages en tout genre dans un avenir en pointillés ?

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