Scaroni : « Le Milan doit impérativement augmenter ses revenus »

Chief Executive Officer of Italian compagny ENI Paolo Scaroni gives a press conference  with Commissioner for Competiton Neelie Kroes on Febuary 4, 2010 at the EU headquarters in Brussels. ENI propose to sell three gas pipelines to avoid an EU fine in an antitrust case. AFP PHOTO  GEORGES GOBET / AFP PHOTO / GEORGES GOBET

Eternel discret, Paolo Scaroni s’apprête à repasser dans l’ombre avec l’arrivée prochaine d’Ivan Gazidis, le futur administrateur-délégué rossonero à compter du 1er décembre prochain. En attendant, l’actuel président lombard s’est épanché sur l’actualité du club dans une longue interview accordée à La Gazzetta dello Sport, avec le passage devant l’UEFA en ligne de mire.

Président, que manque-t-il pour arriver à l’objectif ?

« Dans le football, il y a deux montagnes à escalader en même temps, celle sportive et celle économique. Elles sont liées et contenues par le fair-play financier. Le raisonnement est complexe et doit aboutir à un changement de paradigme dans l’expansion de notre championnat. Il faut regarder vers l’Orient et en Amérique car pour faire venir des grands champions, tout passe par l’audience mondiale. Le Milan pourrait être avantagé : c’est le club italien avec le plus de tifosi à travers le monde. Nous ne voulons par être des personnes âgées qui se remémorent leur gloire passée, nous voulons être compétitifs économiquement et sportivement. »

Toutefois, à l’heure actuelle, la Juventus vous précède. Est-ce un modèle ?

« C’est le seul club à avoir emprunté le chemin des clubs anglais pour son stade, sa gestion des tifosi au niveau mondial et dans sa préparation digitale. C’est un modèle, certainement. Mais je le dis même si Agnelli ne partagera pas cette idée : gagner sept scudetti de suite est un incroyable record mais désormais, les titres nationaux perdent du poids par rapport aux compétitions européennes. C’est pour ça que je préfère un Milan qualifié trois fois en Champions League plutôt que remporter un scudetto. »

Milan-Juve était le dernier match de championnat : êtes-vous déçu du résultat ?

« Le Milan ne m’a pas déplu et aujourd’hui, perdre contre la Juve, c’est concevable. Nous avons perdu à cause de deux épisodes. Dans l’ensemble, j’ai vu du caractère et l’envie de combattre malgré toutes les absences qui nous pénalisent. Avoir interrompu une série positive, ça ne m’alarme pas, contrairement aux blessures. »

Ou aux suspensions : Higuain manquera au moins le prochain match. Aura-t-il aussi une amende ?

« Salvini (Ministre de l’Intérieur de l’Italie et fan du Milan, ndlr) a exprimé un avis très dur mais il a parlé comme un tifoso. Moi aussi je le suis mais dans certaines situatons, je dois prendre du recul afin de prendre les meilleures décisions. Higuain est toujours un peu nerveux, encore plus contre la Juve. Et après avoir raté un pénalty, il était encore plus nerveux. Je regarde cet épisode de deux points de vue différents : négativement, Higuain est un professionnel qui a 30 ans et non 18, il doit savoir se contrôler ; positivement, et c’est la raison de notre appel, il n’a insulté personne, il a mieux contrôlé sa langue que son corps. Ensuite, c’est lui qui donnera sa version devant la commission. Je souligne tout de même qu’il s’est excusé auprès de nous et de l’arbitre. Il était très gêné par tout cela. »

Le Milan lui aussi passera très vite devant une commission, à Nyon cette fois-ci. Quelle sera la stratégie ?

« Je vais en Suisse lundi, l’audition aura lieu mardi matin à 9h30. Dans les prochaines heures, nous enverrons tous les documents nécessaires et nous espérons que tout ceci se termine bien. Ce sont des magistrats européens indépendants qui rendront le jugement. Ils vont avoir un devoir très difficile. A propos du fait que le club a violé la réglementation du fair-play financier de 2014 à 2017, tout le monde est d’accord. Il faut simplement une sanction proportionnée, comme l’a demandé le Tribunal Arbitral du Sport de Lausanne. L’analyse du projet de bilan est l’étape suivante, qui aura lieu au printemps. »

Partagez-vous les principes de l’UEFA ?

« L’UEFA a bien fait de se doter de certains instruments, même si certains mécanismes doivent être affinés. Pouvoir dépenser des montagnes d’argent sans devoir rendre de compte à personne et pouvoir jouer un championnat sans concurrents, ce n’est pas normal. Dans des cas comme le nôtre, il est difficile de respecter certains paramètres : si tu veux reprendre la position dont tu penses qu’elle te revient, tu dois faire des investissements. Mais aujourd’hui, c’est inutile d’acheter Messi si finalement, ils peuvent t’empêcher de le faire jouer. Il faut miser sur les jeunes : les faire grandir et les revendre 30-40 millions d’euros est la meilleure façon de réaliser des profits qui te permettent ensuite d’autres achats. Les tifosi le comprendraient. »

Ibrahimović et Pato ne sont pas vraiment des jeunes et pourtant, le Milan évalue leur recrutement. Est-ce vrai ?

« C’est un autre débat. Ibrahimović, par exemple, sera libre de choisir sa nouvelle équipe. C’est un joueur fantastique. En tant que tifoso, je l’adore pour son agilité et son physique. Toutefois, à propos du mercato, ce n’est pas moi qui décide. Et puis, mon joueur favori à l’heure actuelle, je l’ai déjà dans l’équipe : Suso. »

Est-ce vous qui choisissez pour l’entraîneur ? Il se dit qu’après Milan-Betis, vous auriez demandé le départ de Gattuso.

« Les entraîneurs se jugent sur leur résultat. Aujourd’hui, le Milan va mieux que l’an dernier et Rino a fait mieux que son prédécesseur donc la question ne se pose pas. En plus, je vois que l’équipe a appris de sa grinta, même si ce serait mieux que cela ne se transforme pas en contestations. C’est vrai que la première période contre le Betis m’a beaucoup dérangé mais je n’ai jamais pensé à un licenciement. Et puis le Betis a montré être une belle équipe : Lo Celso est un joueur très fort et le Betis s’est montré capable de mettre quatre buts au Barça. »

Avant cela, il y avait eu le derby. Dans le duel avec l’Inter, où pensez-vous vous situer ?

« Le prochain derby, je veux le gagner. Quand les interisti ne sont pas un de mes concurrents directs, je n’ai pas d’hostilité particulière. Lors de leur match face à Tottenham, j’étais pour eux. Ils me plaisent car ils sont grands, costauds et forts mais pour être ‘l’anti-Juve’, il faut avoir moins de défauts. Nous n’avons en tout cas jamais discuté avec Marotta (le directeur général de la Juventus qui va prochainement quitter le club, ndlr) car nous avions déjà choisi notre administrateur-délégué. »

Avez-vous approché Conte ?

« Peut-être qu’ils ne me l’ont pas dit mais moi je n’ai jamais entendu son nom être mentionné et personnellement, je n’ai même pas son numéro. »

La qualification pour la Champions League sera-t-elle décisive pour faire le bilan de la saison ?

« Dans toutes nos hypothèses de business plan pour cette saison, nous ne prévoyons pas une participation à la Champions League. L’année prochaine, si. Si nous ne l’atteignons pas, il faudra un plan B. Il est clair que nous devrions toujours la jouer car cela évite de nombreux problèmes. »

Leonardo et Maldini travaillent-ils bien ?

« C’est un de nos grands succès, ils ont donné une stabilité et de la compétence à un club qui, ces dernières années, avait perdu tout cela en chemin. Paolo, je le vois en forme et serein. Etre en duo avec Leonardo, qui connaît le métier, lui a simplifié les choses. »

En plus d’eux, Ivan Gazidis va arriver. Que va-t-il apporter ?

« Il a occupé pendant neuf ans le même poste à Arsenal et il l’a très bien fait. Il connaît le sport, pas seulement parce qu’l jouait bien au football, et il est très cultivé puisqu’il est diplômé en droit à Oxford. Il gérera l’ensemble et moi, je me mettrai un peu plus en retrait. Le Milan doit impérativement augmenter ses revenus, c’est vital, qui sont actuellement les mêmes qu’en 2003 alors que les dépenses pour les joueurs ont doublé voire triplé. Comme il n’y a plus un mécène pour couvrir les pertes, il faut une autre philosophie, comme l’a fait Gazidis à Arsenal. En Premier League, ils ont su anticiper la transformation du football en business, en vendant les droits TV différemment, par exemple. Toutefois, j’ai confiance dans le fait que la Serie A revienne au niveau qu’elle avait. Nos équipes engagées en coupes d’Europe pourraient jouer à des jours et horaires, le week-end et le midi par exemple, qui pourraient favoriser les marchés orientaux ou américains. C’est une idée. »

Le stade est-il un autre de ces moyens ?

« C’est le premier ! J’ai prix un chemin différent des anciens propriétaires puisque je voudrais un nouveau stade avec l’Inter afin de partager les investissements et l’entretien tout en redoublant la valeur des sponsors. Avec plus de matches chaque semaine entre les coupes et le championnat, il y aurait une grande visibilité pour eux. Le stade augmente les revenus de 40-50 millions d’euros par an et un grand sponsor pourrait donner son nom, nous aurions toute une file d’attente d’entreprises internationales intéressées par un tel investissement. Et nous gagnerions plus que ce qu’ils font à Turin avec Allianz (la compagnie d’assurance allemande a donné son nom au stade de la Juventus dans le cadre d’un naming, ndlr). »

Un nouvel actionnaire minoritaire, est-ce une autre idée ?

« Il n’y a aucune négociation, zéro. Il n’y a personne en vue et nous ne cherchons personne. Elliott a un projet sur 3 à 5 ans. Le fonds doit d’abord créer de la valeur s’il veut un jour s’en séparer : c’est le but même d’un fonds et leurs chiffres, de 1978 à aujourd’hui, montrent qu’ils savent très bien le faire. Si un acheteur fantastique venait à se présenter, on ne sait jamais, mais ce n’est pas le cas à l’heure actuelle. Gordon Signer suit avec attention les investissements, les achats et les ventes. »

Avez-vous des nouvelles de Berlusconi et Galliani ?

« J’ai quelques parts dans le club de Vincenza et quand nous avons battu Monza (le club de Serie C fraîchement racheté par Fininvest, ndlr), on aurait dit le Real. Adriano est un grand tifoso du Milan et un grand expert du football donc s’il me parle, je l’écoute. Berlusconi m’appelle parfois, il a toujours des idées très précises. »

Et Mister Li ?

« Je ne sais pas ce qu’il est devenu. A posteriori, son opération n’a été un succès ni pour lui, ni pour le Milan. »

  • Romagnoli1899

    Franchement son idée du stade est une des clés qui peuvent nous ramener au succès. Ok quitter san siro pour du foot business ça me déchire le coeur mais sans ce genre de transition, malheureusement, on continuera à jouer avec du kessie Bakayoko au milieu de terrain.

    • TechiG

      Je comprends pas pourquoi on devrait partager un nouveau stade avec l’inter autant avoir notre propre Stade ça nous permettra de se débarrasser d’eux…

      • bien dit pourquoi on devrais partager un nouveau stade? de 40 ou 50 places ?? alors pourquoi de rester a San Siro

      • Romagnoli1899

        on divise par deux les couts de constructions, les frais de gestions… on augmente le sponsoring

        • TechiG

          et on divise les bénef par deux

          • donc il est mieux de rester à San Siro avec ses capacité près de 80.000 place aussi représente l’histoire du GRAND MILAN AC

          • Shevchenko_7

            Oui mais vétuste. Et le stade appartient toujours a la Mairie du coup, encore moins de bénéfice car ils touchent aussi quelque chose dans le pactole

          • Antoine1899

            On divise les benefs par 2 mais on gagnera plus que mtn. Après j’ai juste une question si on construit avec l’Inter un nouveau stade et qu’il soit pret dans un certain temps, le stade actuelle qui appartient à la mairie j’crois ne sera plus utilisé par les 2 clubs ?

error: