Herbert Kilpin, père du Milan

Voici simplement le responsable de notre addiction au Milan AC, le créateur du club, le premier entraîneur, le premier joueur, celui par qui tout a commencé. Né à Nottingham, le 24 Janvier 1870 dans le pays qui a inventé le football, dernier d’une famille de neuf enfants, une enfance aisée lui permet d’apprendre les métiers du textile, raison pour laquelle il émigrera en Italie. Le football l’intéresse dès son plus jeune age, et avant son départ de la perfide Albion, il a le temps de jouer au niveau amateur au Notts Olympic et à St Andrews (en 2ème division anglaise). En 1891, l’industriel italo-suisse Bosio fait appel à ses services à Torino. Herbert débarque alors avec ses compatriotes dont Gordon Savage et Henry Goodley. Kilpin fut fondamental pour la diffusion du football en Italie, car à peine arrivé à Torino, il fonde l’Internazionale de Torino (qui et en fait la fusion de deux clubs turinois).

Il nous rappelle lui même ses premiers souvenirs du football en Italie avec un match entre une sélection anglaise et le F.C Torinese : « Deux choses m’ont marqué , un, il n’y avait pas d’arbitre, et deux, plus le match avançait, plus l’équipe adverse voyait ses rangs se grossir, en effet, pris par l’engouement, le public n’hésitait pas à grossir les rangs de l’équipe adverse, cela ne nous empêcha pas de l’emporter 5 à 0 ». Avec l’Internazionale de Torino il va participer aux tout premiers championnats nationaux italiens qui ne concernaient que quelques équipes (4 précisément). Il va être deux fois finaliste, perdant à chaque fois contre le Genoa (après un bref passage à la F.C Torinese), la meilleure équipe du moment (en 1898 et 1899). Devant partir définitivement pour Milan à cause du travail, il promet au capitaine genoano Edoardo Pasteur de créer une équipe à Milan qui gagnera le championnat.

Voilà que le pionnier doit repartir de zéro, en devant faire connaître le football à une ville. Cependant à Milan, s’y trouve déjà le Mediolanum, petit club sans grands moyens financiers avec qui il prend contact de suite. Là, au Bar Americano, il parle de son projet, celui de fonder une vraie équipe à Milan qui puisse disputer le championnat italien. Il veut une alliance anglo-lombarde, et il se montre très entreprenant et surtout convainquant, en se rendant d’un pub à l’autre durant plusieurs semaines, afin de réunir quelques personnes. Tous se retrouvent le 16 décembre à l’Hotel du Nord. On y retrouve Edwards (vice consul britannique à Milano) et Pirelli entre autres. Le 18 Décembre 1899, le Milan Cricket and Football Club est officiellement fondé. Alfred Edwards est proclamé président, Piero Pirelli lui financera tout ça (et en deviendra président quelques années plus tard),et  le siège social est installé à Via Berchet Fiaschetteria Toscana. Kilpin, le vrai déclencheur de tout ceci désigne les couleurs du club, le rouge et le noir du Nottingham Forest, afin d’intimider l’adversaire. Il devient par ailleurs entraîneur/joueur de son équipe.  Le terrain est situé à Trotter (où surgit désormais de nos jours l’imposante gare Milano Centrale).

Herbert apporte bien sur toute son expérience et enseigne les bases du football aux italiens qui veulent faire partie du club. De fait, la sélection est rigoureuse. Kilpin lui est un joueur qui joue beaucoup sur son physique, et qui évolue sur l’aile droite, aussi bien en tant qu’arrière qu’ailier. Dans les vestiaires, il apprend à boire le whisky, une goutte avant le match et une à la fin du match, remède qui se révélera plutôt efficace. En mars se dispute le premier match de l’histoire du club : un derby gagné 2-0 face à la Mediolanum, ou Kilpin inscrivit un but. Le Milan, quelques mois après sa fondation s’inscrit au 3ème championnat italien de l’histoire qui démarre en avril 1900. Cependant la compétition tourne court, puisque en éliminatoires une défaite 3-0 contre le FC Torinese (ex équipe de Kilpin) élimine les Rossoneri de la compétition.

Heureusement quelques jours après, se dispute la Medaglia del Re, disons l’ancêtre de la Coppa Italia, voulu par le Roi Umberto 1° en personne. Milan l’emporte 2-0 face aux cousins de Mediolanum; il s’agit là du premier trophée officiel du Milan. La saison suivante sera celle de la consécration. En effet, les Rossoneri atteignent la finale du championnat en disposant de la Mediolanum et de la Juventus, et s’imposent sur le terrain du Genoa, champion en titre, en finale sur le score de 3-0. Kilpin est d’ailleurs un des buteurs. Plus tôt dans la saison, Milan avait de nouveau gagné la Medaglia del Re : le doublé coupe-championnat est réalisé. Quoi qu’il en soit, Kilpin a maintenu sa promesse et tenu son pari :  il a réussi à monter une grande équipe à Milan.

Il y jouera encore plusieurs saisons, jouant à peu près à tous les postes sauf dans les buts. Il était celui qui organisait l’équipe sur le terrain. En 1902, Milan tenant du titre a accès direct à la finale mais perd face au Genoa. Ils gagnent cependant de nouveau la Medaglia del Re avec un Kilpin en forme étincelante (10 buts en 3 matchs). De 1903 à 1905, Milan se fait éliminer lors des phases préliminaires du championnat mais remporte plusieurs coupes amicales (Coppa Novara, Coppa Venezia,…). Herbert épouse entre-temps une jeune italienne. Cependant pas de lune de miel, en effet avec une sélection il a un match à jouer en Suisse face aux Grasshoppers, dont il reviendra le visage tuméfié. Sa femme, à la vue de son mari, éclatera en sanglots. A la fin de la saison 1905, au vu de la victoire finale des bianconeri de la Juventus en championnat avec seulement 3 étrangers, la fédération italienne veut limiter le nombre d’étrangers afin de favoriser les italiens. Kilpin s’y oppose totalement, considérant les italiens comme de simples « gregari », dira-t-il à Pirelli. Selon lui, les anglais sont indispensables à l’équipe.

Il reste donc ferme et continue de faire jouer des anglais. Un bon choix puisque Milan va chercher son deuxième Scudetto en 1906, après la première « affaire » du championnat italien cependant. Au tour final qui comprend le Genoa et la Juve en plus des Rossoneri, la Juve et le Milan se retrouvent égalité. Il faut donc jouer un match pour les départager. A Torino, les deux équipes ne se départagent pas : 0-0. Le match doit être rejoué, la fédération choisit le terrain neutre de l’U.S Milanese (à Milan bien sur). Les bianconeri sont en colère, et malgré la médiation des hautes instances, ils ne souhaitent pas jouer le match. Milan est dès lors déclaré champion d’Italie. Kilpin avec Colombo est un des deux seuls joueurs à faire le doublé avec le titre de 1901. L’année suivante, c’est re-Scudetto et sans discussion cette fois-ci, le dernier miracle du Milan anglais de Kilpin (qui décroche donc son 3ème titre naitional).

Kilpin a désormais 37 ans et va voir sa carrière se finir sur des divergences d’avis. La fédération italienne veut des équipes 100 % italiennes en championnat en vue de créer une équipe nationale, Milan et quelques autres (Torino, Genoa) refusent de se plier à ces nouvelles règles, et ne participent donc pas au championnat. C’en est alors trop pour Kilpin qui raccroche les crampons à l’age de 38 ans (blasé également par les dissidences parmi le Milan même avec le départ de « soci » pour fonder…l’Inter) après avoir défendu une dernière fois ses couleurs lors du trophés Palla d’Argento Henry Dapples le 8 avril 1918 (trophée gagné 4-3 Face au N.S Montreaux). Il joua tout les matchs du Milan en championnat de sa création jusqu’en 1907 en gagnant 3 fois le championnat et en étant 3 fois finaliste, ceci en 9 saisons.

Après sa retraite, il restera dans le football en entraînant notamment les joueurs de l’Enotria, un club de la ville de Milan. Mais il décède très tot, une maladie fulgurante l’ayant emporté  (avec pour cause principale son addiction à l’alcool et notamment au whisky). Pendant très longtemps, on perdit trace de ses restes, mais un passionné du Milan retrouva sa tombe abandonnée dans un cimetière milanais. Ses restes furent transférés sur demande de Galliani et Berlusconi lors du centenaire du club au Cimetière Monumentale de Milan, où l’on peut désormais rendre hommage à son Milan et à l’homme que l’on peut considérer comme le pionnier du football italien et dont nous sommes tous un peu les descendants.

Herbert Kilpin en chiffres au Milan

(1900-1908)

Toutes compétitions confondues

*23 matchs joués

*7 buts marqués

En Championnat d’Italie : 23 matchs – 7 buts

Palmarès avec le Milan :

3 Scudetti (1901, 1906, 1907)