Gullit, Ruud

Joueur universel par excellence, Ruud Gullit est l’image parfaite d’une palette entièrement comble : libero au Feyenoord, attaquant à Milan, où la polyvalence à l’état pur. L’entraineur serbe Vujadin Boskov le comparera à « un cerf qui sort de la forêt » dans une de ses métaphores les plus connues. Pour lui, tout démarre dans les ruelles étroites et humides d’Amsterdam. Non, le cadre n’est pas celui des favelas brésiliennes, mais on s’en rapproche, avec leurs jumelles de la capitale néerlandaise. Dès son plus jeune âge, Ruud Gullit ne pourra imaginer que les joueurs qu’il côtoie à ce moment seront les plus grands de sa nationalité : c’est avec les Rijkaard et autres Koeman qu’il fera ses gammes.

Particularité frappante vient du côté paternel de Ruud. En effet, le père du néerlandais vient du Suriname (ou Guyane hollandaise), petit pays qui se situe en Amérique du Sud, ayant une énorme influence de la part des bataves. Son premier contrat professionnel sera signé dans le club d’Haarlem où il évoluera en Eredivisie à seulement 16 ans, ce qui en fait le plus jeune joueur de l’histoire du championnat hollandais. De bonnes prestations qui seront couronnées d’un transfert au Feyenoord Rotterdam. Dès lors, le « cerf » prend une toute autre dimension avec une position tout à fait inédite : meneur de jeu derrière un certain Johan Cruyff. Sa tournée hollandaise se soldera par un passage au PSV Eindhoven, qui lui permettra d’obtenir le ballon d’Or en 1987. En tout, c’est 3 titres de champion des Pays-Bas que la « Tulipe Noire » remportera, le tout ajouté à plusieurs récompenses individuelles.

Pour 17 millions de florins (ou 7.7 millions d’euros), les milanais s’octroient Gullit qui ne viendra pas seul. Effectivement, ce dernier est accompagné par un autre hollandais : Marco Van Basten avec qui il formera un duo batave exceptionnel. Rijkaard atterrira également en Lombardie une saison plus tard en provenance de Saragosse, ce qui complètera une équipe synonyme de renouveau du catenaccio, avec une philosophie de jeu qui va changer avec un certain Arrigo Sacchi à la baguette pour mener la danse. L’opéra milanais tellement envoûtant se met progressivement en place autour de ces trois joueurs. Ses deux premières campagnes attestent des croyances que l’on place en lui. En 1987-88, il contribue avec 9 buts inscrits à la conquête de l’unique Scudetto de l’ère Sacchi.

L’entraineur italien qui va révolutionner le jeu milanais avec une défense en zone, un pressing et un jeu spectaculaire, trouvera toute l’utilité du physique impressionnant de Gullit et de son jeu de tête (qui lui servait à l’époque du Ruud « made in libero »). Auteur d’innombrables courses, c’est au niveau européen que l’on identifie la « Tulipe Noire » en tant que joueurs hors du commun. En veut pour preuve tout d’abord cette finale de C1 au Camp Nou de Barcelone en 1989, où lors de ce match le batave inscrira un doublé de la tête dans ce qui sera une victoire écrasante 4-0 des rossoneri face aux roumains du Steaua Bucarest, tout comme son compère Van Basten, qui marquera également deux buts dans ce match pour compléter le triomphe milanais.

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Puis vient la décadence du grand « cerf ». Les regrets qui commençaient déjà de naitre dans toute l’Europe, et notamment à la Juventus qui n’avait pas pris le risque de recruter le joueur en devançant les rossoneri, vont peu à peu se dissiper. Les bianconeri n’avaient pas enrôlé le meneur de jeu oranje à cause des hésitations de leur dirigeant et mythique joueur Giampiero Boniperti, ce dernier conseillant à la famille Agnelli de joueur la stabilité, et par conséquent ne mettra pas les atouts suffisants de son côté pour attirer le joueur dans le Piemont. Comment avoir des doutes sur un joueur capable d’inscrire 46 buts en 68 matches et deux petites saisons avec le PSV Eindhoven ?

Mais écarté progressivement du groupe, cela introduisant un climat de non-confiance entre le joueur et le club, on sent que les années de gloire du néerlandais, d’autant plus à Milan, s’essoufflent… Il descend alors du côté de la Ligurie chez les doriani, où, grâce a des copies de très bonne facture, il regagnera la confiance des dirigeants rossoneri qui le rapatrieront pour quelques mois fin 1994. Malheureusement, la cohabitation avec Capello se révèle trop tendue et délicate, ce qui incitera le joueur à mettre un point final à son aventure rossonera. S’en suit un retour à la Sampdoria, où il repasse lors de certaines rencontres en tant que libero, mais avec toujours son sens aigue du but impérissable. Pour finir sa carrière paisiblement, Gullit s’expatrie en Angleterre, du côté de Chelsea (qui est alors à l’époque bien loin du fameux Big Four actuel). Il devient entraineur-joueur chez les Blues, ce qui en fera de lui le premier entraineur non britannique à exercer dans ce championnat si renfermé sur lui même. A 35 ans, après une ultime coupe d’Angleterre remportée haut la main, il est temps de ranger les crampons pour la « Tulipe Noire ».

En sélection nationale, le batave connaitra un parcours plutôt atypique. Il démarre cette carrière internationale le jour de ses 19 ans contre la Suisse. Et il devra attendre l’Euro 1998 avant de jouer une réelle compétition internationale de poids, faute de ne pas s’être qualifié aux éditions précédentes de celle-ci, et de sa cadette, la Coupe du Monde. Capitaine de la sélection oranje aux côtés des Koeman et Van Basten, il disputera une demi-finale contre le pays organisateur, l’Allemagne, synonyme de revanche de la défaite en finale de la Coupe du Monde 1974. Certains protagonistes de cette dernière sont encore présents sur le terrain (Beckenbauer entre autres, en tant que sélectionneur allemand), mais verront cette fois-ci un dénouement différent : victoire des hollandais sur le score de 2-1. La finale les oppose à l’URSS, qui les avait battus lors du premier tour. Là encore, scénario et fin différent : victoire 2-0 des néerlandais, avec le premier but dans la compétition de Gullit, quelque peu éclipsé par la superbe reprise de volée de Van Basten, que l’on considère depuis comme l’un des plus beaux buts de l’Histoire.

Gullit soulève donc l’unique trophée batave sur la scène européenne et internationale. Il est le seul capitaine oranje a avoir décroché un titre malgré deux finales de Coupe du monde en 1974 et 1978. Lors de la Coupe du monde 90, malgré un statut de favoris acquis grâce à cette coupe d’Europe deux années auparavant, l’équipe néerlandaise va décevoir. De nouveau opposée à la nation rivale, l’Allemagne, ce coup-ci en 1/8 de finale. Et de même le scénario va encore basculer de l’autre sens, avec une victoire allemande, contre un Gullit affaibli par une blessure et étant l’ombre de lui même dans ce tournoi. Deux ans plus tard, et avec une équipe retrouvée, forte de sa puissance collective qui épate, les bataves vont se retrouver en demi-finale contre les danois, invités surprises de ce tournoi. Largement favoris, les hollandais vont finalement se faire sortir par cette étonnante équipe danoise, qui ira même remporter le titre lors de la finale contre les teutons, alors que celle ci programmait déjà une nouvelle rencontre entre les frères-ennemis oranje et allemands. A cause de problèmes internes avec Advocaat notamment, Gullit claque la porte de la sélection à la veille de la Coupe du Monde 1994.

Au delà de son profil footballistique, Gullit inspire aussi le Calcio par son look rasta, ses références musicales (artiste engagé, il est bassiste dans le groupe de reggae Revelation Time), ses actions contre le racisme et son enthousiasme pour Nelson Mandela. D’ailleurs, il lui dédie son Ballon d’Or. Comprenez donc par là qu’il a une personnalité marquante dans le monde du football. Depuis 10 ans, il a entraîné successivement Chelsea, Newcastle, les Pays-Bas (-19 ans), les Pays-Bas (en tant qu’adjoint), Feyenoord et les Los Angeles Galaxy.

Ruud Gullit en chiffres

Tous clubs confondus

662 matchs joués
251 buts marqués

Avec Milan

180 matchs joués
60 buts marqués

Palmarès avec Milan

3 Scudetti (1988, 1992, 1993)
3 Supercoppe di Lega (1988, 1992, 1994)
2 Coppe dei Campioni (1989, 1990)
2 Supercopppe Europee (1989, 1990)
2 Coppe Intercontinentale (1989, 1990)

Autres

3 championnats des Pays-Bas (1984, 1986, 1987)
1 Coupe de Hollande (1984)
1 Coupe d’Italie (1994)
1 Coupe d’Angleterre (1997)
66 sélections – 17 buts
1 Euro (1988)
Ballon d’Or 1987