Costacurta, Alessandro

Billy a conclu son tour de terrain. Nous sommes un après-midi de mai 2007, le match Milan-Udinese est terminé, et Billy Costacurta, défenseur central rossonero au long cours, tire sa révérence après plus de 20 ans de bons et loyaux services au Milan AC. Mais ce n’est qu’un au revoir, puisqu’il reste dans la grande famille rossonera. Retraçons la carrière d’un pilier de l’ère Berlusconi, personnage de l’ombre à la longévité rarissime. Alessandro Costacurta naît le 24 Avril 1966 à Jerago con Orago dans la province de Varese au nord de Milan. Il entre en 1979 chez les giovanili rossoneri, et devenir par la suite capitaine de la Primavera. Par ailleurs, dans la chambrée de Milanello, il se lit d’amitié avec un certain Paolo Maldini.


Son compagnon sera cependant plus précoce. Billy fait lui ses débuts officiels (lancé par Il Barone Liedholm) avec le maillot rossonero le 24 Aout 1986 en Coppa Italia à San Siro face à la Sanbenedettese et en tant que titulaire, il jouera un autre match avant de se faire prêter fin août en Serie C1 à Monza. Là bas il côtoie entre autres le gardien Francesco Antonioli et le bomber PierLuigi Casiraghi. Il obtient une bonne cinquième place avec les brianzoli  ou il disputa une saison en tant que titulaire dans l’axe de la défense. L’été suivant, le voilà de retour au Milan alors que Arrigo Sacchi a pris les reines de l’équipe. Berlusconi veut amener le Milan sur le toit du monde, et la défense titulaire est composé d’un quatuor de choix : Tassoti-Baresi-Galli-Maldini. Dès lors, difficile de se faire une place parmi ces quatre grands joueurs. Billy va jouer quelques matchs (7), participant tout de même au Scudetto de la saison 1987-1988. Cependant dès la saison 88-89, il va être titulaire, profitant notamment des nombreux problèmes physiques de Pippo Galli. C’est alors parti pour une longue rafle de titres, entre Scudetti, Ligue des Champions et Coupes Intercontinentales, Billy est titulaire au milieu d’une défense légendaire, entouré de son capitano et mentor Franco Baresi et des latéraux Tassoti et Maldini. Hasardons nous à dire qu’il s’agissait là de la meilleure défense de tout les temps au Milan. Il marque son premier but sous les couleurs rossonere lors d’un derby contre l’Inter perdu 3-1 en mars 1990. Il s’affirme désormais comme un des plus solides défenseurs du continent européen.

Mais le c.t italien, Azeglio Vicini ne l’entend pas de cette oreille, et il faudra l’avènement d’Arrigo Sacchi sur le banc de la Nazionale pour voir Billy faire ses débuts sur le tard avec le maillot azzurro. Sacchi pour sa première, offre une première cape à Billy contre le Norvège en novembre 91 (1-1). A partir de là, il va faire partie intégrante du groupe transalpin. Avec le Milan désormais dirigé par Capello, il continue d’être titulaire et de rafler des titres au début des années 90. Avec la Nazionale il s’envole pour les USA l’été 94 où il dispute son premier Mondial. Titulaire en défense centrale, il perdra comme on le sait la finale aux T.A.B mais disputera comme tout ses partenaires, une compétition de haute volée.

 Sa carrière continue  au Milan, qui va connaître une période difficile. Quand Franco Baresi raccroche les crampons, beaucoup se sont amusés à dire que Costacurta montrera son réel niveau désormais, et que sans ce dernier, il ne serait plus qu’un défenseur quelconque. Des critiques infondées que Billy va s’empresser de démonter. D’abord au Mondial 98, où il égrènera ses dernières présences en Nazionale (59 sélections et 2 buts), puis lors de la saison 98-99 lorsqu’avec avec la vieille garde du Milan AC (Albertini, Maldini, Boban et Rossi), il va montrer que malgré ses 33 ans, il n’est pas sur la pente descendante et remporte son 6ème Scudetto. La concurrence va pourtant augmenter au fil des saisons : Ayala, Sala, Chamot sont recrutés à Milanello mais le nouvel entraîneur rossonero Zaccheroni donnera toujours sa préférence à l’expérience de Billy. Le Zac dira d’ailleurs de Costacurta qu’il est « le joueur le plus sous-évalué qui lui été donné d’entraîner. »
 Cependant Billy arrive en fin de contrat en juin 2002, et les dirigeants rossoneri ne le renouvellent pas dans un premier temps. En effet, Ancelotti entre temps arrivé au club voit son staff sanitaire soumis à une demande, la suivante : lequel de Chamot et Billy est le plus sain physiquement (et non techniquement) pour continuer à faire partie de l’effectif ? La réponse du MilanLab sera Chamot. C’est alors un moment très triste de sa carrière : Billy vide son casier de vestiaire dans une ambiance très lourde, et évalue sans grande considération les offres de Bologne et de Parme. Il a plutôt pour idée de changer radicalement de vie, en allant jouer aux Etats-Unis aux New-York Metrostar, ainsi que préparer un Master d’Economie, sa passion. Mais Galliani va vite revenir sur cette décision. Il annonce dans les vestiaires, en guise de récompense pour la qualif’’ en phase de groupe de la Champions League l’été 2002, que le club a refait signer Billy. Le vestiaire soulagé applaudira, et Galliani de dire « je ne sais pas ce qui m’a pris ». Voilà Billy revigoré qui participe à un nouveau cycle rossonero. Il part de loin dans la hiérarchie des défenseurs  mais il va se voir accorder la confiance de son ex coéquipier Ancelotti et vivre littéralement une seconde jeunesse. Billy finira tout simplement la saison titulaire sur le flanc droit de la défense milanaise du haut de ses 37 ans, lui  qui a passé toute sa carrière dans l’axe, avec pour cadeau…une 4ème Ligue des Champions.
 Désormais surnommé « Il Professore », il va dès lors continuellement décider de prolonger son contrat d’année en année, acceptant de donner un coup de main à l’équipe, en commençant les saisons en tribune ou sur le banc et finissant pratiquement toujours titulaire. C’est le cas lors de la saison de son 7ème et dernier Scudetto acquis en 2004 où il finit titulaire…arrière gauche. En 2006, avec l’absence de Maldini, il va souvent être capitaine, jouant du haut de ses 40 ans des soirées de Champions League notamment face au Barça, où il doit affronter la verve de Eto’o et Ronaldinho, sans être pour le moins du monde ridicule. Il s’offre une dernière saison en 2006-2007, sa 21ème saison professionnelle au Milan. Il va encore former pour d’ultimes fois une charnière centrale d’expérience avec son ami de toujours Paolo Maldini. A tous deux, ils cumulent 80 ans d’expérience, et affrontent des attaquants dont ils pourraient aisément être les pères. Billy raccroche donc les crampons un après-midi de mai 2007 en s’offrant le luxe de marquer un pénalty contre l’Udinese pour sa der’ en devenant le buteur le plus ancien de l’histoire de la Serie A. C’est la fête à Billy, et bien sur, il ne pouvait pas manquer une dernière Ligue des Champions pour ponctuer son immense carrière.

Il laissera l’image d’un joueur bourré de charisme, un défenseur central tenace mais technique au sens de l’anticipation et tactique hors-norme, une intelligence de jeu qui lui a permis de rester si longtemps au haut niveau. Il est l’une des bandiera de Milan dont il est le 3ème joueur le plus présent au club. Il a consacré sa carrière à ce club, homme intelligent et réfléchi, c’est un peu un grand sage du Calcio. Avoir su se remettre en question a été son secret, il conçoit le football comme un métier et non un loisir, un modèle de professionnalisme dont beaucoup de ses coéquipiers se sont inspirés. Billy dont le surnom vient de l’équipe de Basket de Milan de l’époque (Costacurta apprécie beaucoup ce sport) s’est tout de suite trouvé une reconversion en tant que deuxième adjoint d’Ancelotti. Ce dernier qui lui a proposé de collaborer avec lui, proposition évidemment accepté, lui qui était déjà entraîneur sur le terrain. Ce personnage historique du Milan AC rejoint désormais ses ex coéquipiers au panthéon des « Immortali » au noble sang rouge et noir et va désormais transmettre son précieux savoir aux générations futures. Oui, l’avenir du Milan est décidément entre de bonnes mains.
 

 

Billy Costacurta en chiffres
(1986/1987-2007)
Toutes compétitions confondues*663 matchs (3ème de tout les temps)
*3 buts marqués En Serie A : 458 matchs -3 buts
En C1 : 94 matchs – 0 buts
En C3 : 14 matchs – 0 but
En Coppa Italia : 78 matchs – 0 but
En Coupe Intercontinentale : 5 matchs – 0 but
En Supercoupe d’Europe : 8 matchs – 0 but
En Supercoupe d’Italie : 6 matchs – 0 but

Palmarès avec le Milan

7 Scudetti (1988/89, 1991/92, 1992/93, 1993/94, 1995/96, 1998/1999, 2003/2004)
5 Coppe dei Campioni (1988/89, 1989/90, 1993/94, 2002/2003, 2006/2007)
2 Coppe Intercontinentali (1989, 1990)
3 Supercoppe Europee (1989, 1990, 1994, 2003)
4 Supercoppe di Lega (1988, 1992, 1993, 1994, 2004)

Autres

59 sélections – 2 buts

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