Andriy Shevchenko : itinéraire d’une légende inachevée (3/5)

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2006-2016. Cela fait tout juste 10 ans qu’Andriy Shevchenko a quitté le Milan, club où il avait tout gagné, pour rejoindre Chelsea, provoquant l’incompréhension de tout le peuple milanais. Alors qu’il fêtait ses 40 ans il y a quelques jours, ACM-Z a décidé de vous proposer un retour sur la carrière de l’ex numéro 7 rossonero, de ses débuts au Dynamo Kiev jusqu’à ‘son’ Euro 2012 organisé chez lui, en Ukraine.

 

Le Bosphore et ses conséquences

A l’instar de l’exercice précédent, le Milan débute sa saison 2004-2005 par la Supercoupe d’Italie, cette fois-ci face à la Lazio. Là encore, c’est un numéro complet que propose Shevchenko en cette fin de mois d’août 2004 puisque les trois buts du match portent sa signature : une reprise de volée du pied gauche sur un centre d’Ambrosini, une tête après une passe de Maldini, puis une autre reprise de volée du pied droit suite à un ballon mal renvoyé par la défense laziale. Un premier trophée pour bien débuter la saison, en somme.

En Serie A, le champion en titre entend conserver son précieux trophée, bien aidé par un Sheva qui terminera à 17 buts. En tête avant la réception de la Juve pour le compte de la 35ème journée, le Milan s’incline et cède sa première place aux juventini, avant de terminer la saison par trois matches nuls qui laisseront un goût amer. Pourtant, s’il doit y avoir de l’amertume cette année-là, elle concerne bien évidemment la Champions League. Aisément sorti de son groupe composé du Shakhtar Donetsk, du Celtic Glasgow et du FC Barcelone, le Milan dispose ensuite de Manchester United au tour suivant.

 

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En quart de finale, c’est un nouvel Euroderby bouillant qui se profile. Au match aller, les rossoneri reçoivent et s’imposent 2 à 0, le second but du match étant évidemment inscrit par Shevchenko, de la tête sur un coup-franc de Pirlo. Au retour, l’Ukrainien frappe encore avec une sublime frappe pied gauche à l’entrée de la surface mais le score final sera officiellement de 3-0 en faveur du Milan, après que des supporters de l’Inter aient lancé des fumigènes sur le terrain, dont un touchant Dida.

La demi-finale aller face au PSV Eindhoven est ensuite remportée 2-0 à San Siro, avec un but de Sheva, la défaite 3-1 au match retour n’empêchant pas les rossoneri d’atteindre une deuxième finale en trois ans !

Nous sommes donc le 25 mai 2005 à Istanbul et l’adversaire du soir est Liverpool. La première mi-temps est un modèle du genre côté milanais avec trois buts inscrits (un but de Maldini en tout début de match et un doublé de Crespo), et même un but refusé à Sheva pour un hors-jeu inexistant. Cependant, tout s’effondre en deuxième période avec Liverpool qui revient à égalité ; direction les prolongations.

Les Anglais gagnent cette Champions League à la 118ème minute, lorsque Dudek repousse une tête rageuse de Shevchenko avant que ce dernier ne tire sur le portier polonais encore au sol : à ce moment-là, Sheva a perdu son duel avec son adversaire. La séance de tirs aux buts est un calvaire qui se conclut, comme à Manchester, sur un tir de Shevchenko. Le regard n’est plus celui de Manchester, c’est celui d’un joueur qui a l’esprit ailleurs, sans doute encore en train de ressasser sa dernière action.

La frappe molle et plein axe qui s’ensuit offre à Liverpool sa Champions League. Ce traumatisme contraste fortement avec les autres joies que Shevchenko avait connues durant la saison. En juillet 2004, il se mariait avec le mannequin américain Kristen Pazik, le couple ayant même son premier enfant, Jordan – dont Silvio Berlusconi est le parrain – le 29 octobre. Surtout, en décembre, Sheva recevait enfin son Ballon d’Or après deux troisièmes places, devançant Deco et Ronaldinho. Comme il l’avait fait avec le trophée de la Champions League en 2003, il ira se recueillir devant la statue de Lobanovskyi avec son Ballon d’Or.

 

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Après les désillusions, vient le temps de se concentrer sur la saison 2005-2006, bien que le drame stambouliote soit encore dans toutes les têtes. Le hasard du tirage au sort des groupes de Champions League a d’ailleurs bien fait les choses d’une certaine façon puisque Shevchenko et consorts se retrouvent dans un groupe composé du PSV Eindhoven, de Schalke 04 et… du Fenerbahçe.

Le 23 novembre, le Milan débarque donc à Istanbul et Sheva décide d’exorciser ses démons en inscrivant un quadruplé au club local. Après avoir disposé du Bayern Munich de main de maître en huitième de finale (1-1 ; 4-1), le Milan se voit confronté à l’Olympique Lyonnais, qui domine la Ligue 1 mais peine à passer le stade des quarts de finale en Champions League. Après le 0-0 de l’aller en France, le Milan doit profiter de sa situation pour rejoindre les demi-finales : à la 28ème minute, Inzaghi ouvre le score de la tête mais peu de temps après, c’est Diarra qui égalise pour l’OL.

Pendant près de 60 minutes, les lyonnais tiennent le coup du siècle jusqu’à la 88ème : Shevchenko, dans la surface et avec un angle restreint, frappe au but. La balle rebondit sur le poteau opposé, longe la ligne de but, touche l’autre poteau avant qu’Inzaghi ne la pousse au fond des filets pour le 2-1. La festa è completa grâce à un ultime but de Shevchenko, profitant des égarements de la défense lyonnaise dans le temps additionnel.

En demi-finale, le FC Barcelone de Ronaldinho se présente à San Siro. Sheva, capitaine du soir, ne peut que constater l’amère défaite 1-0 sur un but de Giuly. Au retour, Shevchenko – qui terminera meilleur buteur de l’édition – se voit refuser un but pour un hors-jeu inexistant et n’arrivera pas à trouver la faille. Frustrant, et rageant, car le Milan n’aura donc pas l’occasion d’effacer l’affront d’Istanbul dès la saison suivant le drame.

 

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En Serie A, malgré une incroyable série de victoires à domicile, le Milan termine 3ème. Le numéro 7 rossonero, quant à lui, entre encore un peu plus dans l’histoire du club le 11 décembre 2005 lorsqu’il marque son 14ème but dans un derby (perdu 3-2), faisant de lui le meilleur buteur des derbies milanais. Il termine la saison avec 28 buts et 5 passes décisives en 40 matches, toutes compétitions confondues, mais l’essentiel est ailleurs…

Dès le printemps 2006, des rumeurs faisaient état d’une envie d’ailleurs, d’une volonté de changer d’air. Personne ne voulait vraiment y croire, que pouvait-il aller chercher ailleurs que le Milan ne lui offrait déjà ? Le 12 mai, Silvio Berlusconi – qui avait financé les frais médicaux de Mykola Shevchenko lors de l’arrivée d’Andriy en Lombardie – est catégorique : « Sheva veut s’en aller en Angleterre. Moi, je ne veux pas qu’il nous quitte. ».

Le lendemain, comme un adieu, Shevchenko blessé passe les trente premières minutes du dernier match de la saison, Milan-Roma, en Curva Sud, accompagné des tifosi lui demandant de ne pas partir et entonnant le chant à sa gloire : « Non è brasiliano pero’ / Che gol, che fa / Il Fenomeno lascialo là / Qui c’è Sheva ! ». Le plus dur à accepter dans cette histoire, ce sont évidemment les raisons de ce départ qui se précisent de jour en jour. La presse italienne parle d’une pression de Madame Shevchenko, Kristen Pazik, voulant rejoindre l’Angleterre pour que leur fils soit dans une école de langue anglaise.

Le 26 mai, survient alors une conférence de presse surréaliste, avec Shevchenko et Galliani face aux caméras. Le joueur apparaît comme abattu, cherchant à s’auto-convaincre qu’il a fait le bon choix (ou qu’il a fait un choix, tout simplement), tandis que l’administrateur-délégué, derrière ses traditionnelles boutades de façade, semble réellement ému. « Je remercie le Président Berlusconi et le Dottor Galliani. Je remercie le club pour tout ce qu’il m’a donné. On m’a écouté et on a compris mon envie de transfert. […] Ce n’est pas à cause d’un conflit avec l’entraîneur ou l’équipe et encore moins pour des raisons économiques, car c’est vraiment la dernière chose qui me préoccupe. […] Cette décision est importante pour ma vie et nous l’avons prise pour le bien de notre famille. Ma femme n’a rien à voir avec ça, nous avons décidé ensemble. […] Si ce n’était pas pour cette raison, je n’aurais jamais fait ce choix car c’est impossible de trouver mieux que le Milan. ».

Alors que Shevchenko s’embrouille dans de vaines explications toutes tirées par les cheveux, Galliani vole à son secours : « C’est la victoire de la langue anglaise sur la langue italienne. […] C’est aussi le départ le plus difficile de ma carrière. » Carlo Ancelotti, son entraîneur depuis 2002, se montre bien plus cru dans sa vision des choses : « Il doit être honnête et ne pas se cacher derrière des motivations ridicules. » Le 30 mai, Chelsea annonce via son site officiel le transfert d’Andriy Shevchenko contre une somme d’environ 45M€. Là-bas, il portera aussi le numéro 7, comme au Milan et en sélection nationale.

 

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Parenthèse jaune et bleu

En parallèle de son parcours en club et ce dès ses plus jeunes années, Shevchenko a régulièrement pris part aux divers rassemblements de l’équipe nationale d’Ukraine. Si sa carrière en club a toujours été couronnée de succès, on ne peut pas en dire autant pour celle sous le maillot jaune et bleu. En effet, la Zbirna (Збірна en VO ou ‘l’équipe nationale’) de Shevchenko a terminé deuxième de son groupe lors des éliminatoires pour les Coupes du Monde 1998 et 2002 et pour l’Euro 2000 lui donnant accès au barrage, où elle a toujours été éliminée.

Après une nouvelle qualification manquée pour l’Euro 2004, l’équipe menée par Oleg Blokhine a comme objectif la Coupe du Monde 2006 en Allemagne mais son groupe d’éliminatoire ne s’avère pas particulièrement clément : on y trouve en effet la Turquie, le Danemark, la Grèce (championne d’Europe en titre), l’Albanie, la Géorgie et le Kazakhstan. Finalement, l’Ukraine déjoue les pronostics et termine enfin première de son groupe, avec notamment 6 buts de son capitaine Shevchenko.

Une performance notable pour un jeune pays comme l’Ukraine, comme l’expliquait Sheva avant la compétition, sans pour autant s’enflammer sur un objectif inatteignable : « Cette qualification montre que si nous, les Ukrainiens, donnons tout, nous pouvons accomplir de grandes choses… Le fait que nous puissions jouer cette Coupe du Monde est important, peu importe comment cela se finira même si j’espère au moins atteindre les huitièmes de finale. Bien sûr, aller en quart serait une belle performance… Nous verrons quand nous y serons ! »

 

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En Allemagne, la Zbirna hérite d’un groupe à sa portée avec l’Espagne, l’Arabie Saoudite et la Tunisie. Pourtant, lors du premier match de la compétition à Leipzig face à l’Espagne, les hommes de Blokhine ne voient pas le jour et s’inclinent 4-0. Tymoschuk, Rotan, Voronin et consorts se rattrapent lors de la rencontre suivante contre l’Arabie Saoudite en s’imposant cette fois-ci 4-0 : Rusol inscrivait le premier but de l’histoire de l’Ukraine en Coupe du Monde, puis Rebrov sur une magnifique frappe lointaine, venait ensuite le tour de Shevchenko de la tête et enfin Kalinichenko sur une passe de son capitaine.

Le match décisif pour la qualification se déroule au stade olympique de Berlin face à la Tunisie : dans une rencontre accrochée, Sheva se met en évidence en obtenant un pénalty (généreux) et en le transformant, offrant à son équipe la qualification en huitième de finale ! La Zbirna affronte donc la Suisse de Johann Vogel, désormais ex-coéquipier du numéro 7 ukrainien : après une transversale de chaque côté, la décision vient lors d’une séance de tirs au but. Les Suisses et Shevchenko manquent leur tentative, contrairement à Milevskyi, Rebrov et Gusev, qui envoient l’Ukraine en quart de finale.

 

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A ce stade, c’est un adversaire de taille qui se présente avec… l’Italie et nombre de ses anciens partenaires. Les jaunes et bleus concèdent une rapide ouverture du score par Zambrotta mais alertent à plusieurs reprises Buffon et sa défense pendant près d’une heure. Finalement, Luca Toni signe un doublé en dix minutes, scellant définitivement la fin du superbe parcours de la Zbirna pour sa première (et dernière à ce jour) Coupe du Monde.

En participant à cette épopée, Shevchenko aura encore plus marqué l’histoire du sport ukrainien et s’affirmera comme l’étendard international d’un pays à la recherche d’une image forte, à même de rappeler au monde que le temps de l’URSS est révolu. Pourtant, l’air de rien, cet été 2006 marque le début du déclin de cet attaquant complet au talent inestimable, alors qu’il va seulement fêter ses 30 ans. Après cela, il en sera fini du Re dell’Est, machine d’une précision d’orfèvre, qui commencera à se dérégler à son arrivée à Chelsea.

Le quatrième acte de ce dossier est à retrouver demain sur ACM-Z.

  • Milan forever

    sheva… quelle connerie d’être parti! tu étais l’idole et tu aurais gagné ta deuxième ligue des champions si tu étais resté avec nous! tu la méritais tellement après istanbul! cette finale, quel traumatisme… sinon pour moi dida n’a plus jamais retrouvé son niveau après le coup des fumigènes… saleté d’interistes…
    sinon je pense quand même que sheva était hors jeu, d’un cheveux mais il l’était lors de cette finale. et sur le but annulé au barça, je pense qu’on a sifflé une faute de puyol et non un hors-jeu. mais dans tout les cas, il y avait rien du tout et le but était valide… ça aurait pu changer bien des choses…

  • Bacca70

    Son départ fut un coup dur pour les Milanais… Son flop en Angleterre doit s’expliquer que Sheva avait le coeur brisé en quittant le club.

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