Andriy Shevchenko : itinéraire d’une légende inachevée (2/5)

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2006-2016. Cela fait tout juste 10 ans qu’Andriy Shevchenko a quitté le Milan, club où il avait tout gagné, pour rejoindre Chelsea, provoquant l’incompréhension de tout le peuple milanais. Alors qu’il fêtait ses 40 ans il y a quelques jours, ACM-Z a décidé de vous proposer un retour sur la carrière de l’ex numéro 7 rossonero, de ses débuts au Dynamo Kiev jusqu’à ‘son’ Euro 2012 organisé chez lui, en Ukraine.

 

Carte postale de Lecce

Au mois de juillet 1999, Shevchenko découvre Milanello en même temps que Serginho et Gennaro Gattuso, recrutés cet été-là, et intègre le groupe entraîné par Alberto Zaccheroni, fraîchement auréolé du titre de champion d’Italie. L’intégration du joueur s’avère facilitée car, impatient de se fondre dans le club, il avait lui-même commencer à prendre des cours d’italien à Kiev une fois son transfert acté. Les mois passés sous la direction de Lobanovskyi avaient fait de Sheva un bourreau de travail, ce qui ne manquera pas d’étonner un certain Billy Costacurta : « C’était sa première semaine avec nous. A la fin d’un entraînement, nous étions tous en train de nous diriger vers les vestiaires. Andriy, un peu hésitant et avec son italien boiteux, m’a demandé : ‘Billy, excuse-moi, quand est-ce qu’on commence l’entraînement ?’ Je pensais qu’il était en train de se moquer de moi mais j’ai compris qu’il était sérieux quand je suis sorti des vestiaires après la douche et qu’il était encore en train de s’entraîner seul… »

Dans le même registre, le (controversé) médecin du club et instigateur du MilanLab Jean-Pierre Meersseman s’avérait lui aussi impressionné par les capacités démontrées dès les premiers jours par l’Ukrainien : « C’est un phénomène. Il est parfait à tous les tests : puissance, vitesse, accélération, travail fractionné… D’un point de vue mental, il a une extraordinaire capacité de concentration et d’analyse ». Bref, au milieu de ces compliments, l’important était tout de même de savoir ce que cela allait donner sur le terrain, notamment dans un championnat réputé pour ses défenses comme l’était la Serie A de l’époque.

 

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Et là encore, Shevchenko n’aura pas tardé. Son premier match de championnat avec le maillot du Milan – qui arbore cette saison-là un patch commémorant le centenaire du club rossonero sur la manche gauche – se déroule le 29 août 1999 à Lecce. Sur un terrain imbibé d’eau après des intempéries ayant duré plusieurs jours, les milanais peinent mais ouvrent le score par Weah, avant que Lecce n’égalise. A la 72ème minute, Bierhoff offre à Shevchenko son premier but, pour sa première titularisation. Les locaux reviendront au score en fin de rencontre mais peu importe, Sheva s’est distingué, faisant ainsi taire les doutes émis lors de son arrivée.

Le mois d’octobre restera aussi un mois de premières : le 3, il inscrit son premier triplé à Rome face à la Lazio (dans un match au scénario rocambolesque qui se terminera sur le score de 4-4) puis le 23, dans un San Siro bouillant, il marque pour la première fois dans le Derby della Madonnina sur son troisième ballon touché après son entrée en jeu (victoire 2-1). Le 6 février 2000, il inscrit un de ses buts les plus emblématiques avec le Milan lors de la réception de Bari : après un coup-franc adverse, il récupère le ballon dans sa moitié de terrain et s’en va seul marquer le but du 4-1 définitif.

Cette saison-là, entre championnat et Coppa, Shevchenko aura marqué à cinq reprises contre l’Inter, qui deviendra sa victime favorite… Malgré les 29 buts (dont 24 en championnat, faisant de lui le capocannoniere pour sa première saison au club !) et 10 passes décisives en 43 matches de son numéro 7, le Milan termine 3ème de Serie A et se retrouve éliminé de la Champions League dès la phase de poules.

La saison suivante n’est pas meilleure pour le Milan (6ème de Serie A, éliminé en deuxième phase de Champions League) mais Shevchenko, qui devient progressivement ‘Il Re dell’Est’, respecte ses standards : 34 buts et 6 passes décisives en 54 matches, toutes compétitions confondues, et une nouvelle troisième place au Ballon d’Or 2000, derrière Luis Figo et Zinedine Zidane. Cependant, s’il y a une date à retenir au cours de cet exercice, c’est celle du 11 mai 2001, comme le dit la chanson qui résonne encore aujourd’hui en Curva Sud : « Undici maggio duemila uno / E questa data non la scorda più nessuno / Ma soprattutto, l’azzurronero / Perché quel derby l’abbiam vinto sei a zero […] ».

 

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En effet, ce jour-là, le Milan s’impose sobrement 6 à 0 face à l’Inter, dans un derby maîtrisé de bout en bout, avec des buts de Giunti et Serginho, des doublés de Comandini et Shevchenko, qui répond toujours présent lorsqu’il s’agit d’assommer l’Inter. A l’aube de la saison 2001-2002, Fatih Terim est nommé entraîneur du club (il est remplacé par Carlo Ancelotti dès le 4 novembre) et signent au club Manuel Rui Costa, Filippo Inzaghi et Andrea Pirlo. Là encore, le Milan galère : en dehors d’une inhabituelle demi-finale de Coupe UEFA face au Borussia Dortmund, le club doit se contenter de la 4ème place en championnat. Heureusement pour les tifosi, Sheva est toujours là lorsqu’il s’agit d’éclabousser l’Italie de son talent, comme le 9 décembre 2001 face à la Juventus.

Il récupère le ballon au milieu de terrain, résiste au retour de Davids et Iuliano, évite le tacle de Pessotto et, complètement décalé côté droit, il déclenche une frappe vicieuse qui termine dans la lucarne opposée de Buffon. Est-ce volontaire ou non ? Rien de mieux que les explications de l’artiste : « Quand j’ai vu la balle rentrer dans la cage, j’avoue que je me suis surpris moi-même. L’action était très belle, j’avais esquivé trois joueurs de la Juventus et puis… je n’avais plus le choix car je m’éloignais trop de la cage. J’ai donc tiré et ça m’a surpris, je me suis dit ‘C’est impossible !’ » Voilà pourquoi Sheva était tant adulé. Qui d’autre pouvait se permettre de tels gestes ? Qui pouvait offrir de tels moments à ses tifosi ?

Son comportement exemplaire et ses actions de classe lui ont donc permis d’acquérir rapidement un capital sympathie inépuisable auprès des supporters milanais et des amateurs de football en général, alors même que le Milan était en difficulté dans un championnat très relevé. Heureusement, l’année 2002 marque le début d’un nouveau cycle glorieux.

 

L’Europe, enfin

Alors que le Milan se renforce de manière significative avec les arrivées de Nesta, Seedorf, Tomasson et Rivaldo, Shevchenko débute sa saison par une blessure importante. En effet, Sheva s’est rompu le ménisque du genou gauche lors du troisième tour aller de qualification en Champions League face au Slovan Liberec, l’éloignant des terrains jusqu’à la fin octobre. Il n’en fallait pas plus pour que les médias locaux pointent sa condition physique défaillante, Shevchenko – particulièrement affecté par le décès de « [son] deuxième père » Valeriy Lobanovskyi en mai 2002 – préférant jouer plutôt que prendre le temps de se soigner une bonne fois pour toutes.

Sans son attaquant, le Milan ne se retrouve pas pour autant démuni, pouvant compter sur l’arbre de Noël d’Ancelotti pour lancer sa saison en Serie A – premier à la trêve hivernale – et en Champions League dans le groupe du RC Lens, du Bayern et du Deportivo La Corogne. Cet exercice 2002-2003 sera d’ailleurs le moins prolifique de sa carrière au Milan, avec seulement 12 buts en 45 matches. Pourtant, ses buts européens contribueront à une victoire inoubliable dans la plus belle des compétitions de club…

Le Milan, sorti facilement de son groupe G en Champions League, s’extirpe ensuite de la seconde phase de poule où il a affronté le Real Madrid, le Borussia Dortmund et le Lokomotiv Moscou. En quart de finale, c’est l’Ajax d’Ibrahimovic qui se présente : après un match nul et vierge à Amsterdam, tout reste à faire pour la confrontation retour. Ce 23 avril, c’est Inzaghi qui ouvre le score, sur un centre contré du numéro 7 milanais.

L’égalisation des Bataves intervient à la 63ème minute par Litmanen, seulement deux minutes avant que Sheva n’offre un second avantage aux rossoneri de la tête, après un… centre contré d’Inzaghi. Nouvelle égalisation de l’Ajax par Pienaar (78ème minute), qui douche les espoirs milanais d’une qualification. Cependant, à la 93ème minute, alors que le temps additionnel touche à sa fin, une dernière relance milanaise parvient sur Inzaghi, qui lobe défenseurs et gardien de l’Ajax, avant que Tomasson ne pousse la balle au fond des filets. 3-2, le Milan affrontera donc l’Inter en demi-finale.

 

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Pour ce match aller ‘à domicile’, le Milan et Sheva ne trouvent pas la faille. Au retour la semaine suivante, dans un Euroderby décisif et étendard d’une Serie A à son summum, c’est Shevchenko qui ouvre le score dans le temps additionnel de la première période, servi dans la surface par Seedorf avant d’effacer Recoba d’un crochet et d’éviter la sortie de Toldo. La seconde période, toute aussi hachée que la première, voit Materazzi tenter de mettre KO l’Ukrainien, sans que l’arbitre n’intervienne.

Les nerfs se crispent de minute en minute et, à la 83ème, Martins égalise pour l’Inter. Abbiati fait des miracles et finalement, le Milan s’en va en finale de Champions League, la première de Shevchenko, pour se disputer le trophée avec la Juventus de Lippi. Une semaine avant la finale, le Milan avait disputé la finale aller de Coppa Italia face à la Roma pour une victoire 4-1, Sheva marquant le dernier but au Stadio Olimpico.

Le 28 mai à Old Trafford, cette interminable finale qui provoquera des sueurs froides à tant de tifosi à travers le monde se termine sur l’un des plus beaux 0-0 de l’histoire du football, obligeant à une séance de tirs au but après un but refusé à l’Ukrainien, sous la curva des juventini. On retiendra évidemment les trois tirs déviés par Dida mais l’image qui restera, c’est bien celle du regard de Shevchenko avant de tirer le pénalty de la victoire face à Buffon.

 

Plusieurs coups d’œil, entre la cage, le ballon et l’arbitre. Aucune émotion sur le visage, une impression de relâchement complet, difficilement compréhensible à un tel instant, mais seul Sheva en était capable. Le coup de sifflet, la traditionnelle longue course d’élan… et le but (« Celui-ci, je ne l’oublierai jamais ! »), puis la course d’élan qui se transforme en sprint de joie vers Dida.

Le Milan remporte sa sixième Champions League, la première de Sheva, avant d’enquiller trois jours après sur la finale retour de Coppa Italia (2-2), permettant aux rossoneri de s’offrir le doublé. Quelques semaines plus tard, Shevchenko se rendra devant la statue de Valeriy Lobanovskyi, près du stade du Dynamo, avec la coupe aux grandes oreilles, pour montrer à son mentor qu’il avait réussi ce qu’il lui avait promis.

 

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Le Milan, qui vient de recruter un espoir brésilien dénommé Kakà, débute la saison 2003-2004 par une défaite aux tirs au but face à la Juventus lors de la Supercoppa italiana mais avec une victoire en Supercoupe d’Europe face à Porto, grâce à un but de Sheva, complétement revigoré par ses deux trophées de la saison précédente. En effet, l’Ukrainien se signale par douze buts marqués lors des onze premières journées de Serie A.

Le 6 janvier 2004, dans un match important pour la course au scudetto, Shevchenko assomme la Roma dans son propre stade par deux buts qui pourraient résumer à eux seuls le talent du joueur. Le premier, symbole de ses qualités techniques et de sa spontanéité, où, lancé en profondeur par une passe délicieuse de Seedorf, il enchaîne contrôle orienté de la poitrine puis extérieur du pied gauche pour lober Pelizzoli. Le second, exemple de placement et d’exécution, où il est à la conclusion d’un contre mené par Rui Costa.

Avec 24 buts, comme lors de ses deux premières saisons au Milan, il termine capocannoniere et remporte son premier scudetto (mathématiquement scellé grâce à une victoire 1-0 et un but de Sheva lors du match retour face à la Roma), le 17ème de l’histoire du club. Cette saison-là, le seul ressentiment provient évidemment de la Champions League où les rossoneri se font piteusement sortir en quart de finale par le Deportivo La Corogne, s’inclinant 4-0 en Espagne après avoir remporté le match aller 4-1.

La troisième partie de cette rétrospective est à retrouver demain sur ACM-Z.

  • Milan forever

    c’était cordoba qu’il mettait dans le vent et non recoba si mes souvenirs sont bons. sinon, que ça fait plaisir de lire ces articles! ça me rappelle mon adolescence rythmée aux grandes nuits européennes de mon beau milan, cette année 2002-03 magnifique, ce sentiment de plénitude lorsque je me suis levé le lendemain de cette finale en vainqueur de CL en ayant battu le grand ennemi turinois… quelle superbe époque et quelle superbe équipe!

  • piscodonnaruma

    lui c’est la définition d’une légende.
    Rien que de penser à ces heures de gloire avec le milan surtout lorsqu’il a remporté le ballon d’or 2004 au nez et à la barbe des grands Ronaldo , Beckham , Zidane et surtout Thierry Henry , j’ai suis submergé par la joie d’avoir vécu cette période.
    Ces époque on pouvait le vrai foot avec des légendes et un san siro presque toujours plein ,
    j’oublierai jamais les petits sourires de berlusconi lorsqu’on gagnait un derby contre l’inter ou un match contre la juve, son charisme marquera vraiment au milan .
    J’espére bien que les nouveaux propriétaires essyeront de s’inspirer de lui et de mettre en avant leur amour pour l’institution milanaise,
    Pour le reste on peut etre confiant parcequ’ils une solidité financiére incroyable .
    Vivement le retour du Diavolo.